Summer
Monica Sabolo

JC Lattès
litterature fra
août 2017
320 p.  19 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

La disparue du lac

Comment vivre après la disparition d’un être cher ? Pas sa mort, non, sa disparition, son évaporation. Dans son nouveau roman, Monica Sabolo analyse à la loupe ce que l’absence provoque dans la vie de ceux qui restent.

Benjamin Wassner fait une dépression ; il a dû quitter son travail, il n’a plus aucune vie sociale, et vit replié dans son studio, ne sortant que deux fois par semaine pour se rendre chez son psychiatre. Il y a vingt-quatre ans, Summer, sa sœur alors âgée de dix-neuf ans, a disparu au cours d’un pique-nique entre amis au bord du lac Léman.

On ne l’a jamais retrouvée. Depuis, Benjamin a le sentiment de toujours vivre dans son ombre, ressassant cet événement tragique qui a brisé la vie des Wassner, une famille de la haute bourgeoisie genevoise au succès insolent. Ses souvenirs épars remontent alors par fragments, par éclats.

Les brumes de la mémoire

« Summer » est un roman délicat et subtil, qui prend le temps d’installer une atmosphère vaporeuse oscillant entre légèreté et morbidité : il y a quelque chose de pourri au royaume des heureux du monde. Avec un art consommé du sfumato, Monica Sabolo excelle à rendre l’atmosphère trouble qui nimbe le questionnement intime du passé. La quête du personnage baigne dans le liquide amniotique de la mémoire, du refoulement et de la culpabilité, et les réminiscences accentuent la mélancolie de ce frère que l’ignorance a toute sa vie paralysé, comme stagnant dans la vase. De sa volonté de savoir émergeront des secrets de famille inavouables, dissipant la confusion entre oubli volontaire et souvenirs fabriqués, et découvrant une réalité vénéneuse mais nécessaire à l’avènement de la vérité. Troublant et envoûtant…

 

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L’été meurtrier

Finalement, peut-être le personnage principal de ce roman est-il le lac de Genève : il est là, large, somptueux, changeant constamment de couleur, jouant de ses reflets, comme un appel vers les profondeurs, mystérieuses et envoûtantes, pleines de monstres repoussants.
Est-ce vers ces abîmes qu’a été si soudainement engloutie Summer ? Longtemps, on a pensé que l’on retrouverait son corps bercé par des vaguelettes argentées, ses longs cheveux blonds emmêlés dans les roseaux. Summer Wassner, dix-neuf ans, une adolescente lumineuse et d’une folle beauté, disparut lors d’un pique-nique entre amis. C’était l’été, le bonheur, l’insouciance, la sensualité, l’adolescence.
« Ma sœur ressemblait pour de vrai à une reine de beauté de feuilleton américain, ces filles saines, aux jambes élastiques, avec des dents blanches irréelles, et dans leurs yeux une lueur insaisissable évoquant le chagrin ou le mal.Ces filles qui ont des rêves trop grands pour elles, ou qui font naître une douleur, quelque chose qui ressemble à du ressentiment, dans le coeur des garçons, et qui finissent dans le coffre d’un 4X4, au fin fond d’une forêt. » Benjamin, son frère cadet, ne s’en est jamais remis. Vingt-quatre ans auparavant, dans la belle maison au bord du lac, les parents de Summer furent pétrifiés : ils cherchèrent, attendirent, guettèrent le moindre mouvement. Les nombreux amis accoururent pour les aider, les plaindre, pleurer. Rien. Summer avait disparu. Définitivement, semblait-il.
Alors les années passèrent, autant de saisons, plates et lentes, floues et sans saveur. Aucune ne rapporta Summer et le malaise de Benjamin, âgé maintenant de 38 ans, se fait chaque jour de plus en plus profond, gagnant tout son être, l’empêchant de vivre, de respirer, d’aimer, de grandir, de devenir un adulte. Lui qui aimait tant ses parents, sa sœur, les plaçant bien au-dessus de lui même, ayant la vague impression qu’au fond, il ne les méritait pas, comme si sa place n’aurait jamais dû être parmi des êtres si beaux, si pleins de charme et à qui tout réussit, Benjamin, tant d’années après, vit hanté par des cauchemars d’où il émerge tétanisé, tendu, vaincu. Oui, il fallait l’admettre, Summer avait définitivement disparu. Elle ne reviendrait plus. Elle était morte, c’était certain. Il avait beau se repasser en boucle les images déjà anciennes de ce pique-nique, il ne trouvait rien qui puisse le mettre sur la voie, rien qui le conduise à sa sœur. « On finit toujours par retrouver les gens, ils laissent des traces. » avait confié l’inspecteur Alvaro Aebischer au moment de l’enquête.
Pourtant, Summer n’en avait laissé aucune. Elle s’était soigneusement évaporée, volatilisée. Le silence régnerait dorénavant pour toujours dans cette belle villa face au lac où tous semblaient cacher quelque chose et ne vivre que pour les apparences, à la surface des choses, comme s’ils craignaient de plonger en eux-mêmes et d’être incapables de refaire surface.
Un roman tout en atmosphère, en attente, en silences dont l’intérêt, me semble-t-il, est lié au point de vue choisi par l’auteur pour raconter les événements : en effet, le narrateur, Benjamin, est un être à part, profondément dépressif, timide, fragile et d’une extrême sensibilité ; du coup, on doute de sa juste vision des choses, de sa capacité à interpréter le réel. Benjamin souffre de sa difficulté à comprendre ce qu’il voit, à mettre des mots sur ce qu’il sent, sur ce qu’on lui cache depuis toujours. Il erre en lui même comme dans la vie, dépossédé de la personne qu’il aime le plus au monde et son existence ressemble à une espèce de flottement dans une eau trouble et nauséabonde dont il ne parvient pas à s’extraire pour regagner le bord. Il coule lentement, s’enfonce, est tiré vers le tréfonds où se trouve peut-être cette sœur, cette Ophélie aux cheveux dansants, ce soleil qui lui manque et dont l’absence le maintient en profondeur.
Pendant combien de temps parviendra-t-il à vivre ainsi, en apnée ? N’est-il pas, lui aussi, en train de disparaître, d’être englouti ? A moins qu’une force inattendue le tire de là et le pousse à s’en sortir…
C’est un texte fascinant que nous offre là Monica Sabolo sur le thème de la famille, des rapports entre ses membres, de ses secrets, une œuvre pleine de poésie, de métaphores aquatiques à la fois sensuelles et mystérieuses, porteuses de vie et de mort.
Et ce lac… si beau et si terrible, presque menaçant, symbole des profondeurs opaques de la psyché humaine où Benjamin, tel un fantôme, patauge et s’enlise depuis son jeune âge, tentant de se relever pour vivre enfin…
Une belle lecture, magnétique et envoûtante.

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Une histoire passionnante !

Coup de coeur !

Le narrateur, Benjamin, raconte la disparition de sa soeur aînée, Summer, lors d’un pique-nique 25 ans auparavant pendant une partie de cache-cache.

Lui-même n’était alors qu’un préadolescent et la seule image qu’il garde en mémoire, c’est Summer lui faisant un petit signe de la main avant de s’enfoncer dans les hautes herbes.

Depuis l’adolescente a disparu sans laisser aucune trace. Benjamin raconte comment sa famille, très en vue à Genève car son père est un célèbre avocat, va se déliter.

Lui-même aura bien des difficultés pour se construire et avancer dans sa vie. Mais ce n’est qu’un quart de siècle plus tard, alors qu’il a sombré dans une profonde dépression et plongé dans la consommation de médicaments et de stupéfiants, qu’il découvrira la vérité et les terribles secrets de sa famille.

Passionnant et formidablement écrit.

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coup de coeur

La poésie du souvenir

Comment notre esprit peut-il mettre un mouchoir sur nos souvenirs ?
Traumatismes, instinct de survie ?
Mais un jour le corps ne peut plus faire semblant et il faut se libérer.
C’est à ce moment là que les souvenirs de Benjamin reviennent peu à peu au rythme des clapotis du Lac Léman. Sa sœur a disparu et vingt-cinq après son jeune frère ne sait toujours pas ce qu’elle est devenue. Adulte, il croit avoir passé vingt-cinq ans sans y penser, en vivant comme dans un tourbillon mais le retour à la réalité est violent. Les souvenirs se fracassent contre les parois de son existence et mettent en péril sa santé.
Un livre et une écriture qui transportent, poétiques, métaphoriques et une sensation sur chaque image!

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Summer

A la fois poétique et métaphorique, cette fiction se présente sous la forme d’un thriller. L’épigraphe, la citation d’Arthur Rimbaud, donne la note et nous entraîne dans les profondeurs du Lac Léman. Dès la première page, Benjamin, le narrateur, raconte ses rêveries lors d’une séance chez un psychanalyste: « Dans mes rêves, la surface luit comme un miroir coupant, ou une dalle de verre. L’eau semble glacée et chaude à la fois. J’ai envie de plonger, d’aller voir; mais les poissons sont noirs, les plantes se déploient comme des tentacules. Des filaments souples, luisants, qui se balancent dans le courant… » Benjamin cherche toujours des réponses à l’absence de sa sœur, Summer, disparue 24 ans plus tôt. Issue d’un milieu bourgeois, tout semblait pourtant sourire à cette jeune beauté de 19 ans. Monica Sabolo nous invite, avant tout, dans un univers; l’atmosphère sombre et aqueuse des bords du Lac Léman. Dans la première partie du roman, la lectrice se retrouve aux côtés de Benjamin, enlisé dans sa quête de vérité, face à l’attente et l’impossibilité d’avancer. Finalement, l’inattendu insuffle une dose de suspense dans ce roman sur l’absence, les mensonges et les non-dits. Bon moment de lecture.

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coup de coeur

Un été au bord du lac Léman

Décidément , cette rentrée recèle de bien beaux textes. Celui ci , est un faux roman policier ,avec intrigue certes, mais avant tout un roman psychologique, teinté de mélancolie. J’avais apprécié « Crans Montana » et ici se précise encore plus une certaine écriture fantomatique.
Il s’agit de l’enquête d’un frère , Benjamin, sur sa sœur , Summer, disparue depuis 25 ans.
L’eau, omniprésente dans le roman, les créatures qui peuplent les lacs, les algues, forment des sédiments , et ceux qui se forment dans la mémoire, sont les secrets enfouis .
Ce lac suisse, cher à l’auteur représente un lourd secret. Summer, jeune fille qui « avait tout pour être heureuse » disparaît subitement lors d’un pique nique laissant une famille désemparée, et son jeune frère , aussitôt ressent une culpabilité qui ne le lâchera plus (il fumait un joint et était ailleurs …) .
De son ancien bonheur familial, il ne peut faire son deuil, et devient un patient longue durée chez un psy. Son adolescence est ratée , sa vie d’adulte aussi jusqu’au jour où il se décide enfin, a 45ans , tout cabossé et névrosé , à faire face à cet événement qui l’a toujours empêché d’avancer. C’est grâce une odeur de peinture, enfouie depuis très longtemps, que Benjamin va faire face à ses démons .
Cela donne un roman troublant et fascinant sur ces fichus secrets de famille .
Une bien belle lecture.

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