Taba-Taba
Patrick Deville

Le Seuil
fiction & cie
août 2017
432 p.  20 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

La route de soi

Auteur de « Peste et Choléra », prix Femina 2012, Patrick Deville aime se pencher sur les personnalités voyageuses. Dans ce roman autobiographique, il est l’explorateur de sa propre généalogie. On entre dans un espace intime qui s’élargit au monde, comme toujours chez cet écrivain bourlingueur qui mène à bien une entreprise passionnante.

L’enfance dans un asile

Tout commence avec un souvenir d’enfance ; Patrick Deville a passé les huit premières années de sa vie au Lazaret de Saint-Brévin-les-Pins, en Loire Atlantique. Le lieu, après avoir isolé successivement les malades contagieux accostant à Saint-Nazaire, puis les prisonniers allemands de la Seconde Guerre mondiale, est reconverti en hôpital psychiatrique où Paul, le grand-père, travaille comme gardien et loge avec sa femme et ses deux grands enfants. Sa belle-fille les rejoindra en 1957, l’année de naissance de notre auteur. Le petit garçon, boiteux et souffreteux, grandit dans cette propriété au milieu des aliénés, parmi lesquels un homme qui ne cesse de répéter ce mantra mystérieux en se balançant : « Taba-Taba ». Lorsque les archives de la famille lui reviennent après la mort de sa tante Monne, Patrick Deville découvre un trésor de papiers et d’objets racontant les pérégrinations de trois générations.

Le tour de la famille

Le roman familial embrasse le siècle avec ses conflits qui éparpillent la tribu et jettent sur les routes femme et enfants, comme des milliers d’autres Français fuyant les bombardements. L’auteur privilégie la géographie à la chronologie ; c’est à bord d’une Passat qu’il part sur les traces de « la petite bande », avançant tantôt à sauts de puce, tantôt à pas de géant. Il effectue ainsi un tour de France de Soissons au Jura en passant par Bram, parcourant les rues, commentant l’actualité, racontant les bistrots des villages désertés. On le voit dans le Périgord, au Mali, prenant de la hauteur ou la loupe à la main. On ne s’étonnera donc pas de croiser ici les figures tutélaires de Stevenson, Conrad ou Cendrars, plus près celles de Jean-Christophe Bailly, Patrick Modiano ou Jean Rolin, autre arpenteur des docks. Ce roman personnel relie les êtres, construit des ponts entre les événements, recherche les coïncidences de dates et de lieux, avec un goût non dissimulé pour la digression et la rêverie. On suit !

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