Vincent Crouzet
Belfond
avril 2014
 21,50 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
Rencontre avec Vincent Crouzet

AU COEUR DE L’ACTUALITE

Pour bâtir « Radiocatif », son cinquième thriller d’espionnage, Vincent Crouzet s’est une fois encore inspiré étroitement de faits et de personnages réels. Un exercice qu’il est un des rares romanciers français à pratiquer.

Sur quoi vous êtes-vous basé pour échaffauder l’intrigue de « Radioactif ?
J’ai eu la chance de recueillir en juin 2009 et novembre 2009 deux témoignages indépendants mais concordants, aussi éclairants et étonnants l’un que l’autre, qui m’ont sensibilisé à cette thèse des rétrocommissions obtenues par Areva grâce au rachat d’Uramin, une société minière de droit canadien approchée par l’intermédiaire d’un homme d’affaires pakistanais. Ces témoignages ont été étayés par toutes les informations ouvertes et accessibles auxquelles j’ai pu accéder par la suite. Et ils contredisent les versions officielles avancées par les différentes commissions d’enquête nommées pour « faire la transparence » sur cette opération réalisée avec de l’argent public.

Les sommes engagées seraient importantes ?
Selon ces témoignages, fin 2005, Uramin avait acheté trois mines d’uranium – deux en Centrafrique, une en Namibie – pour 39M$. En octobre 2006, Areva aurait pu les avoir pour 470M$, ce qui est déjà beaucoup. Mais Areva attend juin 2007 et les achète 2,4 milliards avec l’accord de l’Agence des participations de l’Etat et de la banque partenaire de l’Etat !

Vous avez des preuves matérielles ?
Non, il faudrait des documents bancaires et je n’ai que des témoignages. Mais tout me semble cohérent. Tous les personnages du roman existent et l’opération de blanchiment a été montée telle que je la décris. Il faut une demi-minute à un trader pour ventiler l’argent sur différents comptes dans des paradis fiscaux. La grande question est : où est passé l’argent ? Des magistrats et des parlementaires canadiens s’y intéressent, car chez eux, cette opération n’a généré curieusement aucun versement de taxes.

Difficile de faire la part de la réalité et de la fiction dans votre livre…
Cette version est mon hypothèse. Maintenant, dans la réalité comme dans le roman, je n’écarte pas totalement celle d’une manipulation. Les relations entre Paris et Londres n’étaient pas bonnes, les Anglais ont pu chercher à « réchauffer un peu le plat » pour disposer d’un moyen de pression sur la France. Encore une fois, je n’ai pas de preuve matérielle pour affirmer quoi que ce soit. Mais en tant que romancier, j’ai vu là des personnages extraordinaires, des décors sexy et une intrigue idoine pour bâtir un thriller d’espionnage. Pour moi, c’était du pain bénit.

Dans le côté sexy, vous en rajoutez parfois beaucoup…
Cela fait partie des codes du genre. Et tous ces gens qui brassent beaucoup d’argent vivent réellement dans des endroits magnifiques, séjournent dans de très beaux hôtels, entourés de très jolies filles. Ils travaillent souvent beaucoup mais la vie à leur niveau est sexy. Dans la première version de mon roman, j’avais tout concentré sur l’entretien d’une journée entre le colonel Montserrat et son informateur, le Radjah. Avec juste quelques flashbacks ou développements dans le futur. C’était un peu indigeste.  Je ne voulais pas écrire un thriller financier, je ne sais pas faire. Le prisme par lequel j’ai accédé à cette histoire me suffisait, sans forcément des recherches supplémentaires sur le business minier. Je tenais à rester dans mon genre de prédilection, tout en étant crédible. Mon prochain roman sera également inscrit dans la réalité, avec des personnages tout aussi hauts en couleur.

Pourquoi l’espionnage reste-t-il l’apanage de la littérature anglo-saxonne ?
C’est une question de culture. Dans les pays où l’espionnage est noble, la littérature d’espionnage l’est aussi.  Chez les Anglo-saxons, atteindre les postes clefs dans le renseignement est une réussite professionnelle et sociale. D’ailleurs, ils désignent le renseignement par le mot « intelligence ». En Russie, le KGB a la place que tient l’ENA en France : ce sont les plus brillants, au sein du parti, qui peuvent y entrer.  En France, l’espionnage, ce sont les barbouzes, un monde caché, qui sent mauvais. Et le roman d’espionnage, c’est SAS. Sans compter qu’entre la tradition du polar social et celle du thriller ultra-violent, le roman noir français a beaucoup de mal à élargir sa focale, à s’ouvrir sur le monde. Les Anglo-Saxons, eux, savent voyager et être curieux…

Comment vous sentez-vous, alors que « Radioactif » sort en librairie ?
Très serein.

Propos recueillis par Philippe Lemaire

Avant « Radioactif » (Belfond, 2014), Vincent Crouzet a publié « L’oeil du cobra » (Albin Michel 2003 et Livre de poche 2006), « Rouge intense » (Albin Michel 2005 et Livre de Poche 2007), « Villa Nirvana » (Flammarion 2007) et « Le Seigneur d’Anvers » (Flammarion 2009). Il est aussi l’auteur de deux romans pour la jeunesse, « Mad Froggy » et « Mad l’Africain » (Thierry Magnier).

Lire la chronique de Philippe Lemaire sur « Radioactif »

 
 
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