Arzo
Rivages
mars 1999
85 p.  6,60 €
 
 
 

lecumedespages 
illustration Brigitte Lannaud Levy

À l’origine elle était médicale. Cette incontournable librairie généraliste du quartier de Saint-Germain-des-Prés a ouvert ses portes, il y a un demi-siècle, sur le célèbre boulevard du même nom. Avec les librairies le Divan et feu La Hune, qui a définitivement baissé son rideau de fer en juin dernier, elles formaient une sorte de triangle d’or germanopratin de la littérature,  aujourd’hui remplacé par un triangle d’un tout autre genre, rapportant beaucoup d’or : Ralph Lauren, Armani, Vuitton…

L’Écume des pages est bien l’une des rares librairies à avoir résisté à cette invasion du commerce de luxe de ce côté de la rive gauche. Une chance que cet îlot de défense de la littérature se porte bien. C’est toujours une joie de pousser ses portes (jusqu’à minuit et le dimanche jusqu’à 22 h). La chaleureuse équipe de libraires est dirigée depuis quinze ans par le dynamique Loïc Ducroquet. Elle s’attache avec rigueur, à vous conseiller au plus près de vos attentes et de vos goûts. Mais elle aime aussi vous surprendre par des suggestions appropriées pour ne jamais vous décevoir. Si au fil des années, la librairie s’est surtout spécialisée en littérature et sciences humaines, elle offre entre autres, de très beaux espaces dédiés aux livres pour enfants et aux livres d’art. C’est Guillaume le Douarin, libraire à l’Écume des pages depuis une quinzaine d’années, qui nous reçoit pour nous faire part de ses coups de cœur.

Le livre de littérature française qui vous a tout particulièrement séduit en cette rentrée:
« L’exercice de la médecine » de Laurent Seksik (Flammarion). L’auteur est médecin et a déjà publié 6 romans. Il confirme livre après livre et principalement à travers ce dernier que c’est un écrivain, un vrai. Des années 20 à aujourd’hui, il nous embarque dans la chronique d’une famille de médecins juifs, de la Russie tsariste, puis à Paris en passant par Berlin. Un roman magnifiquement construit qui s’éloigne des sempiternelles « autofictions » que nous proposent les rentrées littéraires.

Et dans le domaine étranger, quel ouvrage vous a conquis ?
« Neverhome » de l’écrivain américain Laird Hunt (Actes Sud). Une histoire très originale sur fond de guerre de Sécession. Alors que son mari est appelé, en dépit de sa santé fragile, à rejoindre les rangs de l’armée de l’Union, son épouse aimante se travestit en homme et s’engage à sa place. Au cœur des combats, tous les codes sont inversés. Cette femme courageuse va vivre une bouleversante et mémorable initiation et découvrir la nature des hommes.

Le premier roman qui selon vous se détache tout particulièrement :
« Après le silence » de Didier Castino (Liana Levi). Quand on a entre les mains un premier roman, on s’engage à l’aveugle, on n’a pas trop d’attentes. Et là, dès les premières pages on est pris par un style, un ton, ce que l’on appelle une musique. Un homme témoigne à rebours du souvenir qu’il a de son père ouvrier syndicaliste épuisé par son travail et son combat militant. On part de la France ouvrière des années 60-70 pour basculer dans une autre époque, celle où le fils qui s’est élevé socialement oscille entre fierté du père disparu et mauvaise conscience de cet héritage prolétaire qui l’encombre. 

Quel aura été pour vous le grand livre de l’été 2015 ?
« Le miniaturiste » de Jessie Burton (Gallimard). Un roman comme un conte fantastique qui s’inspire d’une maison de poupée du Rijkmuseum d’Amsterdam et vous plonge dans l’atmosphère de cette ville à la fin du 17e siècle.

Le livre qui est le plus emblématique de la librairie et que vous défendez avec ferveur
Trois livres me viennent spontanément à l’esprit, qui ne peuvent faire que des heureux.

« Maison des autres » de Silvio d’Arzo  (Éditions Verdier), une merveille tout simplement.
« Les braises » de l’écrivain hongrois Sándor Márai (Albin Michel) : un roman psychologique sur les retrouvailles de deux amis après quarante ans de séparation et son lot de révélations.
« Le cavalier suédois » de l’Autrichien Leo Perutz (Phebus): une construction romanesque magistrale sur l’échange d’identité entre un vagabond et un jeune noble déserteur.

Une brève de librairie
J’ai conseillé à un monsieur que l’on voit de temps en temps « L’exercice de la médecine » dont je vous ai parlé comme coup de cœur de cette rentrée. Il est revenu deux jours après, s’est garé deux minutes, juste pour passer une tête à la librairie et me dire plein d’enthousiasme, deux mots très sonores : « Merci beaucoup ! ». Pour un libraire, un moment tout simple comme celui-là, ça galvanise et ça encourage à poursuivre.

Propos recueillis par Brigitte Lanaud Levy
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« L’Écume des pages »
174 bd Saint-Germain

75006 Paris      

 

 

 
 
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