Owen Sheers
Mathilde Bach (Traducteur)
Rivages
août 2015
396 p.  9 €
ebook avec DRM 8,99 €
 
 
 

Owen Sheers, l’inconnu talentueux

Owen Sheers est peu connu de ce côté-ci de la Manche… ou du globe, si l’on considère que ce Gallois pur souche est né à Fidji au gré d’une affectation professionnelle familiale. Poète célébré au Pays de Galles, où ses œuvres sont étudiées à l’école, auteur protéiforme sollicité par la BBC pour laquelle il travaille à la réalisation d’un documentaire sur Aberfan*, il n’a que deux ouvrages traduits à ce jour. Dont l’enthousiasmant « J’ai vu un homme ». Son passage éclair à Paris était l’occasion de découvrir a « very charming man », intelligent et passionnant.

La construction de votre fiction est pour le moins surprenante. Comment vous est venue cette envie ?
Je voulais une forme narrative originale, une sorte d’immersion façon Truman Capote… Ian McEwan l’a utilisée pour certains de ses romans, d’autres écrivains également, et ce n’est pas nouveau. Pour moi, c’était une première. J’ai essayé d’autres formes au cours des sept années qu’il m’a fallu pour le finir, pour trouver la bonne distance. J’ai essayé à la première personne du singulier, ça ne fonctionnait pas. Je travaillais sur un autre projet, revenais à ce roman et essayais une autre forme. Jusqu’à en être satisfait. Et puis je voulais une trame contemporaine, actuelle, mes précédents textes de fiction ayant plutôt une dimension historique.

Michael, le personnage central, est lui-même romancier…
Oui, et il disparaît quand il rédige.  Il est devenu célèbre en racontant la vie d’autres personnes, en les accompagnant sur la durée, en ne se mettant pas au cœur de ses livres. Ici c’est un autre procédé mais je ne veux pas dévoiler l’intrigue !

Michael a perdu Caroline, sa femme, tuée par un drone au Pakistan. Il devient ami avec ses voisins, Samantha et Josh, parents de deux fillettes. Et puis il y a Daniel McCullen, le commandant responsable du tir meurtrier.
Je voulais que ce protagoniste soit authentique, pas simplement secondaire. J’ai regardé beaucoup d’interviews de ces militaires sur internet. Les échanges écrits qu’il a avec Michael, ses réflexions sur la responsabilité ou la culpabilité, tout est parti d’une réflexion plus large. Comme auteur, je m’étais fixé cet objectif d’être non seulement dans une contemporanéité d’intrigue, mais également de questionnements.  Interroger sur le fait que l’homme détruit tout ce qu’il aime. M’autoriser à décrire la globalisation et les rapports d’intimité et de proximité… décrire les faits autant que les sentiments. Daniel, par exemple, est un personnage psychologiquement important. Vous savez, les pilotes de drones, sans être sur le terrain, sont plus touchés que les autres par le syndrome de stress post-traumatique !

Votre roman mélange plusieurs genres littéraires, il démarre comme un polar…
Je voulais que la scène d’ouverture soit visuelle, prenante. Que les lecteurs s’interrogent d’entrée de jeu « Qui est-il ? Pourquoi est-il là ? Que fait-il ? » (il faudrait débuter la lecture sans lire la 4e de couverture).  Et je savais ce que je voulais mettre dans ces premières pages pour que l’intrigue prenne.  Mais je ne suis pas à m’attacher à un genre. En tant que poète, dramaturge, essayiste, je ne m’intéresse pas à la catégorisation. Ce qui m’importait avec ce roman, c’est que le lecteur ressente la beauté malgré la noirceur, aie envie de tourner les pages, encore et encore.

Pari réussi ! Sur quoi écrivez-vous maintenant, histoire de patienter jusqu’aux prochaines traductions.
Je vais déjà profiter un peu de ma petite fille de 18 mois et de ma femme ! J’ai passé énormément de temps à écrire ces dernières années, je vais essayer de trouver un meilleur équilibre. Le projet sur la catastrophe d’Aberfan, avec la BBC, est passionnant. Et puis j’ai envie d’exprimer d’autres choses avec le théâtre et la poésie.  

Propos recueillis par Christine Sallès

* En 1966, 144 personnes dont 116 enfants furent victimes d’une coulée de boue lors d’un glissement de terrain dans une petite ville du Sud du Pays de Galles.  Le documentaire en cours porte sur les rescapés de cette tragédie.

 
 
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