William Boyd
Traduit par Isabelle Perrin
Points
octobre 2015
552 p.  8,50 €
 
 
 

« Je suis persuadé que les romans
permettent de mieux comprendre
les gens. »

Un nouveau roman de William Boyd, c’est toujours la promesse d’un bonheur de lecture. Mais il n’est jamais meilleur que lorsqu’il écrit la biographie d’un personnage de manière si précise qu’il y a un moment où l’on a envie de vérifier si tout cela n’est vraiment que fiction. Après « Les Nouvelles confessions » écrit en 1988, puis « Nate Tate un artiste américain » en 2000 et « A livre ouvert » en 2002, le voici de retour avec ce même format où il jongle entre réalité et fiction. Il mélange cette fois autobiographie, journal intime et photos, puisque sa nouvelle héroïne, Amory Clay, va traverser le siècle appareil au poing. Elle débutera en immortalisant des « people » de la bonne société anglaise, puis très vite, parcourra le monde, de Berlin au Vietnam, en passant par la France et les Etats-Unis.

 

C’est la quatrième fois que vous écrivez un roman où vous brouillez les pistes entre fiction et réalité. Comment y parvenez-vous ?
Il faut à chaque fois que je trouve une astuce pour que la frontière entre ces deux mondes reste floue. Le lecteur sait qu’il a un roman entre les mains, mais peu à peu il l’oublie. Cela montre combien la fiction est puissante. Je suis persuadé que les romans permettent de mieux comprendre les gens. Ils expliquent, analysent la condition humaine. Le meilleur acteur du monde ne peut pas jouer les nuances d’un paragraphe de fiction.

Travaillez-vous toujours de la même manière ?
Oui, la méthode est identique pour tous les livres de ce genre que j’écris : suivre la vie de quelqu’un de la naissance à la mort. Et pour arriver à cela, il y a un long processus de questions-réponses sur la personne, la couleur de ses yeux, son métier, sa famille… Auparavant, je me suis constitué une petite bibliothèque d’ouvrages de toutes sortes.

Lorsque vous vous lancez dans un nouveau projet, savez-vous comment votre histoire va se terminer ?
Ce n’est même que lorsque je connais la fin que je peux commencer à écrire. J’ai dans mon bureau un énorme planning, chaque chapitre est programmé. Je travaille tous les jours et je n’ai aucune excuse pour ne pas me mettre au travail, car je sais exactement ce qu’il va se passer.

Votre livre est enrichi de photos, censées avoir été prises par Amaury Clay, votre personnage. D’où viennent-elles ?
Je m’intéresse à la photo depuis quelques années. J’ai eu la chance de passer sous l’objectif de grands artistes comme Richard Avedon, David Bailey… J’ai aussi écrit des préfaces d’albums, et dans « Nate Tate » déjà,  j’avais intercalé des photos anonymes. Lorsque j’ai décidé que mon héroïne serait photographe, j’ai terminé mon texte puis j’ai cherché les images qui pourraient l’accompagner. J’en ai trouvé dans des brocantes, des vide-greniers, sur internet. Le cliché qui ouvre mon roman par exemple, traînait par terre, dans la rue, et je me suis dit : ça, c’est Amaury. J’ai acheté environ deux mille photos parmi lesquelles j’en ai choisi 73.

Vous êtes passionné d’Histoire aussi…
Pour moi, je ne considère pas vraiment le 20e siècle comme de l’Histoire. C’est notre époque. Mais mes passions, c’est vrai, portent sur la deuxième guerre mondiale. Et j’ai construit cette fiction pour aborder les moments qui m’intéressent.

Vous vous mettez dans la peau d’une femme, est-ce difficile ?
J’ai souvent écrit du point de vue d’une femme, mais c’est la première fois que je me consacre à une vie entière. J’ai une méthode qui marche bien. J’ignore la question du genre, je balaye les idées reçues, mais je m’attache à la personnalité, au caractère, à toute la complexité d’une vie. Je ne pense pas que c’est un homme ou une femme, mais Amory.

Quel est le fil rouge entre vos quatre « romans-biographiques » ?
Expliquer toute une existence dans ce qu’elle peut avoir de banal, de tragique, et de drôle. Je suis le maître et mes personnages mes esclaves !

Propos recueillis par Pascale Frey

 
 
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