Laurent Petit
Editions La Contre Allée
la sentinelle
octobre 2013
320 p.  20 €
 
 
 

Librairie le bateau livre 2 Lille
Illustration Brigitte Lannaud Levy

Voici une librairie que les moins de 20 ans, à Lille, ne peuvent que connaître. Cette enseigne généraliste consacre la moitié de sa surface de 200 m2 et de son fonds de 30.000 ouvrages  aux jeunes. Bien que d’autres librairies dans l’hexagone  s’appellent comme elle, cet hommage à Rimbaud qui a écrit « Le Bateau ivre » à 17 ans prend tout son sens ici. Car la jeunesse c’est aussi tout un état d’esprit qui règne dans cette ravissante librairie  animée par la curiosité, la créativité et la joie de vivre de toute son équipe. Créée en 1988 dans le vieux Lille, dans une maison de poupée, c’est en 1998 que Gonzague Steenkiste la rachète.  Quand il décide de la déménager en 2003 pour étendre ses locaux et se développer, son choix s’arrête sur le quartier populaire de Wazemmes. « Et ce n’était pas gagné ! » nous dit-il. Mais cet ancien représentant n’a pas froid ni aux yeux ni au cœur. L’accueil des commerçants et de la population est au rendez-vous et les fidèles du centre ville se déplacent.  Quelques années plus tard, la rue Gambetta a retrouvé une belle dynamique avec l’ouverture de lieux inventifs comme la laverie qui fait café, et le bar où vous pouvez jouer à la pétanque. Avec l’ esprit d’équipe qui les anime ce sont Gonzague, Hélène et Perrine qui nous livrent leurs derniers coups de cœur.

Quel est le roman de littérature française qui vous a particulièrement plu dernièrement ?
Philippe Jaenada « La petite femelle » (Julliard). Son travail d’auteur prend une dimension incroyable à travers cette enquête-fleuve autour du personnage de Pauline Dubuisson accusée et condamnée dans  les années 50 à la perpétuité pour le meurtre de son amant.  Ce sont 700 pages d’humanité pure. Un roman historique où Jaenada se livre par des digressions savoureuses. Il remet un certain nombre de choses à leur place sur des questions aussi essentielles que le féminisme ou la justice.

Et côté littérature étrangère?
« Intérieur nuit » de Marisha Pessl (Gallimard). C’est une grosse découverte. Elle avait écrit un très prometteur premier roman, « La physique des catastrophes ». Et là, elle revient  avec une histoire épatante autour d’un cinéaste culte et de la mort suspecte de sa fille. Elle construit son roman avec des extraits de photos, ou de pages de site internet inventées qu’elle imbrique à la narration et qui m’ont presque fait croire que tout était vrai. C’est un livre captivant qui vous emporte, dès le début, dans son univers gothique magnétique.  

Y-a-t-il un premier roman qui a retenu plus particulièrement votre attention ?
« En attendant Bojangles » de Olivier Bourdeaut (Finitude).  Un petit bijou sur une singulière histoire d’amour autour d’une folie qui n’est pas que douce. Plus qu’un livre, c’est un tourbillon d’émotions tout en contrastes, entre rires et pleurs. Un texte magique que l’on referme bouleversé. Une véritable découverte.

À qui auriez-vous donné le Goncourt ?
« 2084 – La fin du monde » de Boualem Sansal (Gallimard). Il a été presque jusqu’au bout sur la liste du Goncourt et aurait mérité d’être premier sur la ligne d’arrivée. Ce projet de revisiter Orwell était très ambitieux . Il le porte avec audace et dans  une langue magnifique. Cette fable irréelle  est venue bien tristement se confronter au réel de l’islamisme radical .

Quel livre jeunesse nous conseillez-vous ?
« Le caillou » de Thierry Dedieu (Seuil jeunesse).  Un auteur saisissant par le contenu de ses ouvrages et la force de son graphisme. Ses illustrations très contrastées et ses couleurs puissantes donnent beaucoup de force à cette fable moderne sur le fanatisme, qui trouve hélas un triste écho dans l’actualité.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
C’est un livre très singulier de Laurent Petit qui représente tout à fait l’esprit de notre maison :  « La ville sur le divan – Introduction à la psychanalyse urbaine » (La contre allée). Un texte complètement « fou-fou » où l’auteur décrypte l’inconscient des villes à coup de défrichages historiques, de comparaisons loufoques, d’analyses des légendes urbaines… C’est un livre qui se lit comme un roman et qui est aussi original qu’hilarant.

Et pour faire un tour du côté des classiques, toute l’œuvre de Stephan Zweig est une évidence et s’impose.

Une brève de librairie :
Nous recevons très souvent des classes et, un jour, un gamin entrant chez nous s’est écrié émerveillé : « Ici c’est comme l’arche de Noé mais avec des livres à la place des animaux ». Et voilà notre librairie transformée en « bateau qui sauve »  dans le regard d’un enfant. C’est une comparaison qui nous plaît bien.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Le bateau livre
154 rue Léon Gambetta
59000 Lille
03 20 78 16 30

 

 
 
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