Mia Couto
Editions Chandeigne
juin 2005
77 p.  12 €
 
 
 
Mia Couto
Editions Chandeigne
septembre 2014
104 p.  14 €
 
 
 

 

Librairie portugaise & brésilienne V2
illustration Brigitte Lannaud Levy

C’est une île. Une librairie certes, mais d’abord une île.  Non pas mystérieuse, mais fabuleuse. Une île aux trésors, incontestablement. Pour la trouver c’est très simple, direction le 5e arrondissement de Paris, cap sur le Panthéon. Ce célèbre monument est son phare, elle est à seulement 20 mètres de lui sur sa droite. Parez à l’accostage. Vous serez d’abord accueillis par des animaux. Un bon gros chat bleu sur la devanture lit paisiblement adossé à un livre.  Il est inspiré de ceux  du célèbre Palais Fronteira de Lisbonne.  Déjà il vous donne la note, elle sera bleue.  Puis des oiseaux rares et poissons exotiques en papier volent au-dessus des livres dans la vitrine. Enfin si vous êtes fin observateur, vous remarquerez un peu partout à l’intérieur, un éléphanteau avachi sur une élégante lettre C…  C, comme Chandeigne, le maître des lieux. Michel Chandeigne : explorateur- découvreur- auteur- libraire- éditeur-typographe-imprimeur- traducteur, biologiste et j’en passe. « Un spécialiste qui sait presque tout, et beaucoup plus encore, contrairement aux spécialistes qui savent tout, mais pas plus » comme le dit si bien de lui, son ami et auteur Marcel Cohen.  Quand vous poussez  la porte, vous entendrez résonner un « bonjour » à l’accent chaud et chantant. Quand vous poussez la porte, la splendide Joanna vous jettera un regard aussi bleu que son sourire et que le chat en Azulejos de l’entrée. Ici on parle français, mais la locution reine, comme la langue de Joanna, est le portugais, que pratique couramment Corinne Saulneron la dynamique responsable adjointe de la librairie qui a longtemps exercé son métier à Lisbonne.

Bienvenue en Lusophonie. Vous êtes à la Librairie portugaise et brésilienne, le royaume des lettres du Brésil, Portugal, Angola, Cap-Vert, Goa, Macao, Guinée Bissau, Mozambique, São-Tomé et Principe, Timor oriental. Fondée par Michel Chandeigne en 1986, rue Tournefort, c’est en 2011 que cette librairie a pris ses nouveaux quartiers  à quelques encablures de là, rue des Fossés Saint-Jacques, pour agrandir son tirant d’air. Unique en Europe, les clients y viennent du monde entier pour y dénicher des ouvrages lusophones que l’on ne trouve nulle part ailleurs. C’est bien simple, ce libraire ne retourne jamais un livre et il possède un fonds spécialisé qui constitue un inestimable trésor. La Librairie ne ferme presque jamais, parfois le dimanche et encore. Elle est ouverte toute l’année. La maison d’édition Chandeigne créée en 1992 et dirigée par Anne Lima est restée dans les anciens  locaux où sont imaginés,  créés et composés parfois à la main sur une ancienne presse, des ouvrages totalement fous comme ce livre de référence mondiale : « Le voyage de Magellan 1519-1522 » :   1088 pages sur papier bible, première édition au monde qui rassemble toutes les sources directes sur les expéditions  de l’explorateur portugais et un cahier cartographique en couleurs.

Alors qu’il est constamment sur le pont, à toutes les manœuvres, c’est Michel Chandeigne lui-même qui prend de son précieux temps pour nous accueillir et partager, avec l’enthousiasme qui le caractérise, ses coups de cœur lusophones. Attention pépites à l’horizon.

Quel est le livre que vous défendez plus particulièrement en ce moment?
« Le voyage des plantes et des grandes découvertes » de l’historien portugais José E. Mendes Ferrao (Editions Chandeigne). Cet ouvrage très réussi raconte comment les plantes vivrières ont changé de continents au 16e siècle grâce aux navigateurs de la ligne des Indes. C’est un livre passionnant doté d’illustrations et de cartes en couleurs. Un véritable cadeau pour tous qui dresse un inventaire spectaculaire de cette première mondialisation de l’agriculture par l’explorateur portugais.

Et côté littérature ?
Toute l’œuvre de Joaquim Maria Machado de Assis s’impose. Cet auteur brésilien, véritable génie est un conteur unique. Ses paraboles existentielles sont drôles, fines, jubilatoires. Parmi ses chefs d’œuvre : « Mémoires posthume de Brás Cubas » (Métailié). Il y a aussi le phare de la littérature portugaise du 20e siècle : Fernando Pessoa dont il faut lire la biographie de Robert Bréchon « Etrange, Etranger » (Christian Bourgois) qui nous éclaire  sur la place des hétéronymes dans l’œuvre de l’auteur. Tous ces différents individus imaginés par lui et auxquels il attribue une partie  de ses ouvrages.

Enfin un dernier pour la route, le   grand classique « Les Maia » du portugais  Eça de Queiroz (Chandeigne). Cette saga familiale d’une incroyable modernité, c’est du Flaubert doté du charme de Stendhal. Un sommet.

Et dans la jeune génération, qui vous a particulièrement marqué ?
L’écrivain brésilien Marcelino Freire avec « Nos os » (Anacaona). L’histoire d’un dramaturge vieillissant à succès qui parcourt 4000 kilomètres au fin fond du Brésil pour ramener le corps de son amant décédé à sa famille. Un des jeunes auteurs les plus brillants de sa génération.  Mais aussi l’auteur angolais Ondjaki pour « Les transparents » (Métailié). Un roman picaresque dont il se dégage une énergie, une fraîcheur qui nous dépayse totalement.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« Tombe, tombe au fond de l’eau »  et « La pluie ébahie » ( Chandeigne)  de l’écrivain Mozambicain Mia Couto. C’est jubilatoire à lire. Il nous fait découvrir cette Afrique éternelle à travers une création littéraire érudite et populaire, tragique et drôle, réaliste et fantastique. Ce sont des textes qu’on lit et qu’on relit tant ils sont riches par leur contenu et d’une qualité d’écriture tout à fait exceptionnelle.

Une brève de librairie
L’été, quand les psychanalystes du quartier prennent leurs vacances sous les tropiques ou dans le Lubéron, il y a un afflux notable dans la librairie de patients  abandonnés qui cherchent une oreille attentive pour un substitut à leur cure. Par chance, le libraire est plus détendu et sans doute plus disponible qu’avant Noël. Et le patient se fait client dans le cadre d’un échange de bons procédés. Conséquence, ils vont en général mieux quand leur psy revient, et désertent aussi quelque peu la librairie.
Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy

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Librairie portugaise et brésilienne
21 rue des Fossés Saint Jacques
01 43 36 34 37

 
 
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