Christian Estèbe
Finitude Editions
avril 2010
220 p.  17 €
 
 
 


illustration Brigitte Lannaud Levy

« Ici on donne le goût de lire. L’important c’est de fouiller. Bonne pioche ». Voilà le ton est donné, c’est ça l’esprit qui souffle au  Baz’art des mots. Faire de la recherche du beau ou du bon livre c’est une priorité. Et une liberté. Après une carrière dans l’édition, comme directeur commercial, Alain Lèze a créé avec son épouse Patricia cette librairie à Hauterives, petit village de 17.000 habitants dans la poétique Drôme des collines. Si le célèbre facteur Cheval y a construit pendant un tiers de siècle son Palais idéal, ce chaleureux couple y a inventé et créé sa librairie idéale qui dépasse de loin sa mission littéraire pour œuvrer comme acteur culturel au sens large en  soutenant des projets artistiques très divers.  À sa création en 2007, ils font le pari de ne rien investir dans la déco ou l’agencement et d’entrée de jeu misent tout leur budget sur leur fonds qui aujourd’hui représente 6.000 titres. Leur priorité c’est le conseil qui est excellent comme nous le démontre leur sélection de coups de cœur.

Quel roman français nous recommandez- vous de lire en ce moment ?
« Le bal mécanique » de Yannick Grannec (Anne Carrière). J’ai passé un été formidable avec ce roman qui nous fait découvrir à travers une lignée d’artistes, l’histoire, la politique et le monde de l’art du siècle dernier. C’est un très grand livre. Une belle réussite.

Et du côté des étrangers ?
« Le voyage de Hanumân » d’Andreï Ivanov (Le Tripode). Un Estonien et un Indien survivent dans un camp de réfugiés au Danemark. Un texte coup-de-poing avec des personnages très forts qui se font l’écho d’une bien triste actualité. Il y a autant de pureté que de dureté dans ce roman où se mêlent espoir et désespoir.

Y-a-t-il un premier roman que vous auriez particulièrement aimé ?
«  L’été des charognes » de Simon Johannin (Allia). Les représentants des maisons d’édition sont des passeurs et c’est l’un  d’entre eux qui m’a fait découvrir ce livre coup-de-poing qui correspond à plein de choses pour moi. L’histoire de gamins de la misère qui vivent à la campagne, livrés à eux même pour fuir l’alcoolisme des parents. Un roman d’initiation à la vie, aux coups, à l’amour, à la drogue. C’est si cru et si douloureux que l’on ne peut pas le mettre entre toutes les mains, mais c’est un livre exceptionnel.

Quel est le livre le plus emblématique de votre librairie, celui que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
Je l’appelle « Ma claque ». Cela fait dix ans que je le défends bec et ongle. C’est « Des nuits rêvées pour le train fantôme » de Christian Estèbe (Finitude). Cela raconte l’histoire d’un homme qui aimerait devenir un grand écrivain et qui convoque dans la réécriture de  son roman tous ses maîtres en littérature de Joyce, Bataille, Kerouac à Lowry, Artaud en passant par Bukowski et bien d’autres. À travers ce texte c’est tout ce que la littérature mondiale a de meilleur qui s’invite sous forme de chroniques. Ce texte est surréaliste et nous met en garde sur les dangereux  miroirs aux alouettes. À la fin du livre c’est là que l’on se prend une grande claque en s’étant fait piéger. Mais je ne peux répondre à votre question sans citer  aussi « Les jardins statuaires », le chef d’œuvre de Jacques Abeilles (Le Tripode), autre auteur majeur qui a su créer une monde imaginaire puissant, et l’imaginaire c’est important.

Une brève de librairie
Nous avions reçu Madeleine Chaumat  85 ans – aujourd’hui disparue- à l’occasion de la sortie de son livre autobiographique « Algérie, le soleil et l’obscur » (La rumeur libre). Elle y raconte comment embarquée en Algérie dans les années 50, elle prend fait et cause  pour les indépendantistes du FLN et se retrouve  emprisonnée puis torturée par les autorités françaises.

Il y avait une centaine de personnes à cette rencontre dont Michel Bret, poète de 80 ans,  fils de Pierre Bret qui avait recueilli et caché le couple Louis Aragon – Elsa Triolet pendant la guerre de 40. Face au témoignage  bouleversant de vérité de Madeleine Chaumat, il se lève et  décide de révéler quelque chose dont il n’avait jamais rien dit jusqu’alors. En  1953 il était militaire en Algérie. Là il s’est mis à pleurer tout en se libérant du poids de son terrible secret. Il y a eu un silence que je ne pourrai jamais oublier.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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1 place de la Mairie
26390 Hauterives
04.75.68.95.40

 
 
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