H. Bates
Gallimard
monde entier
janvier 1967
416 p.  9,50 €
 
 
 


Illustration Brigitte Lannaud Levy

 

Voici une rencontre  qui prend les couleurs  d’un hommage puisque la Librairie du Môle va hélas définitivement fermer ses portes en juin prochain. Pourtant, ce lieu insolite au désordre joyeux, qui détient le record de livres au m2 (16.000 sur 75 M2 classés en pile du sol au plafond),  est visité comme l’un des monuments historiques de Saint-Malo intra-muros. Son très sympathique libraire octogénaire,  Jean-Louis Duquesnoy est l’une des figures les plus hautes en couleur et les plus appréciées de la ville des corsaires. C’est en 1958, au retour de la guerre d’Algérie qu’il a repris cette enseigne d’objets religieux  pour en faire une librairie généraliste, galerie d’art. « Je voulais proposer des livres pour tous, mais surtout défendre des œuvres uniques venues de nulle part». Le lieu est étroit, mais bourré de charme avec sa lumière en clair-obscur et son escalier de Meunier  qui mène à la mezzanine. En 1971, suite à un litige avec l’administration face à l’oubli volontaire d’indiquer le prix d’un livre en vitrine, Jean -Louis Duquesnoy décide de ne plus jamais exposer d’ouvrages et fait le choix de mettre en avant des œuvres d’art. C’est ainsi que la librairie devient aussi galerie. Jean Louis Duquesnoy est un homme aux multiples talents et passions qui pratique l’art du quatrain et écrit des romans policiers humoristiques en collaboration avec le journaliste-auteur François Paris.   Il y a fort à parier que nous retrouverons ce libraire atypique avec ses créations littéraires sur les tables de ses confrères. Nous lui souhaitons bon vent.

Quel est votre dernier coup de cœur en littérature française ?
« Costa Brava » de Eric Neuhoff (Albin Michel). Un joli livre d’évocations nostalgiques sur les années 60, où l’auteur revient sur les plages catalanes de sa jeunesse pendant les vacances.

Et du côté de la littérature étrangère ?
J’aime beaucoup l’auteur islandais Jòn Kalman Stefánsson qui tente entre ciel, mer et terre à donner un sens à la vie, à la mort.  Il m’avait ébloui avec « D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds » et j’ai beaucoup aimé son dernier roman qui en est la suite « À la mesure de l’univers » (Gallimard).

Vous avez une affection particulière pour la poésie
Oui et j’aimerais vous parler de la réédition des poésies complètes de Louis Brauquier « Je connais des îles lointaines »  (La Table Ronde). Voilà un poète au long cours entre Rimbaud et Conrad qu’il faut lire. 

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie et que vous défendez avec ferveur ?
« Six par quatre »  du britannique Herbert Ernest Bates (Gallimard). Ce sont une sélection de vingt-quatre textes couvrant vingt-quatre ans parmi les vingt volumes de nouvelles que l’auteur a écrits depuis l’âge de dix-huit ans. Henry Miller qui présente le recueil écrit que Bates a cette qualité, qui devrait le rendre cher à tous : « son sens de l’humour, un humour plein ». Un livre merveilleux, j’en ai vendu  presque 3000 exemplaires. Mais j’aurais pu vous citer l’œuvre de Nina Berberova. Je l’aime tant que je voudrais l’apprendre par cœur. Mais il en va de même pour Erri De Luca que j’ai défendu dès la première heure.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire
Les nouvelles complètes de Joseph Conrad (Quarto Gallimard) ou tout Giono qui pour moi est un crac mondial.

Une brève de librairie :
Alors que Xavier Grall était venu, peu de temps avant sa disparition, pour une rencontre, un de ses fidèles lecteurs, finistérien comme lui, est arrivé  en vareuse. Il faisait escale en mer du Nord  et a tout abandonné pour voir le poète qui porte haut la bannière bretonne. Fraîchement débarqué de sa campagne de pêche, il sentait le poisson, mais voulait absolument saluer ce chantre de la culture bretonne. Ils se sont embrassés. C’était très émouvant.  

Un dernier message avant fermeture :
Toutes les librairies devraient être fermées le matin, uniquement pour que les libraires puissent lire encore plus. C’est le sel de notre métier, être de bons lecteurs. Et il faut aussi se montrer tels que l’on est, ne pas avoir peur d’affirmer ses goûts et sortir de sa neutralité.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Librairie du Môle
12 Rue de Dinan
35400 Saint Malo

 

 
 
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