James M. Cain
Gallimard
L'imaginaire
juin 2009
406 p.  13,60 €
 
 
 

Librairie L’Impromptu (Paris)

illustration Brigitte Lannaud Levy (Dr.)

 

« Quand je serai grand je serai libraire ». Plus qu’un rêve, pour Jérémy Derny trentenaire, c’était une volonté chevillée à l’esprit depuis l’enfance. Après un parcours en philosophie politique, il décide d’interrompre un projet de thèse pour se lancer dans cette entreprise. En décembre dernier, il ouvrait à Paris, dans ce quartier de grossistes textiles du 11ème arrondissement en pleine reconstruction, « L’impromptu ». Que ce soit en musique ou en poésie, un impromptu est une création libre, composée sur le champ, sans préparation. Presqu’une improvisation. Pour Jérémy Derny, à la folle créativité mais la tête sur les épaules, l’impromptu c’est avant tout sortir des idées préconçue et briser les frontières entre grande et petite littérature. Ici c’est la liberté de choix qui prédomine, d’où une absence volontaire de signalétique pour que le lecteur puisse trouver ce qu’il ne cherche pas et se laisse librement porter en tournant à sa guise autour des tables. Son idée de départ était de créer un lieu pour mieux vivre ensemble, avec un espace café. Il est en passe d’obtenir une licence 3 pour pouvoir proposer du vin, de la bière et favoriser ainsi encore plus la convivialité et le partage. Avec en tête, l’esprit des salons des lumières et son art des discussions passionnées et argumentées. Pour avril ce sera « Le Québec » avec notamment la mise à l’honneur des publications d’une brillante et audacieuse maison d’édition « La peuplade ». Souvenez-vous: « Homo Sapienne » de l’auteur groendlandaise Niviaq Korneliussenn et bien d’autres ouvrages de grande qualité à découvrir.

Quel roman nous recommandez-vous de lire?
« Une folie passagère » de Nicolas Robin (Anne Carrère). Une hôtesse de l’air d’une quarantaine d’années, bien sous tous rapports, tirée à quatre épingles comme il faut, va subir une série de contretemps qui vont tout chambouler et la pousser à bout, jusqu’à commettre l’irréparable. On oscille entre l’univers poétique des films de Jacques Demy et la fantaisie décalée de Pedro Almodovar. C’est une comédie romantique qui fait du bien.

Et du côté des étrangers que nous conseillez-vous?
« Vox » de Christina Dalcher (Nil). Il s’agit d’un roman du genre dystopie qui s’interroge sur nos sociétés contemporaines. C’est l’histoire d’une docteure en neuro-science qui, comme toutes les autres femmes de son pays dirigé par des fondamentalistes, est condamnée à un silence forcé, limité à 100 mots par jour. Quand le frère du président de cette dictature de l’esprit fait une attaque cérébrale, elle est appelée à la rescousse. Sa récompense, si elle le guérit, c’est d’être affranchie de son quota de mots. Un roman sur le pouvoir du langage. Très fort.

J’aimerais vous parler d’un autre roman étranger qui me tient à coeur: « Les outrages » de Kaspar Colling Nielsen (Calman-Levy). On est plongé au coeur d’une Europe en crise face à l’islamisation, la recrudescence des réfugiés et la montée des extrémistes. L’auteur imagine que le Danemark, à la suite des attentats, achète un morceau de l’Afrique pour y envoyer ses migrants. C’est sec, incisif, extrêmement bien écrit. Une lecture explosive.

Y-a-t-il un premier roman qui vous a particulièrement marqué?
« Vies déposées » de Tom-Louis Teboul ( Seuil). Un texte d’une grand justesse qui dépeint la misère invisible des SDF. Jamais dans le pathos, son approche est fine et sensible. J’espère qu’il trouvera une deuxième vie en poche.

Quel est le livre le plus emblématique de votre librairie que vous défendez avec ferveur?
« Mildred Pierce » de James M. Cain (Gallimard). Au coeur de la grande dépression aux Etats-Unis dans les années 30, le parcours héroïque d’une femme de la classe moyenne qui s’affranchit du joug des hommes. Bien plus que le féminisme, ça aborde le thème de l’émancipation au sens large, de la liberté qui se conquiert. Un incontournable roman pour saisir et comprendre le rêve américain.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire?
« Le Fous du roi » de Robert Penn Warren, un contemporain de William Faulkner. Je me demande vraiment pourquoi je ne l’ai pas déjà lu, mais ce sera bientôt fait.

Une brève de librairie
Depuis la soirée Harry Potter organisée à la librairie, les enfants du quartier passent devant notre vitrine et nous font coucou de la main avec un immense sourire aux lèvres. J’aime cette idée que dans leurs esprits, « L’impromptu » est un lieu magique qui fait partie de leur imaginaire d’enfant.

Je profite aussi de cet espace pour vous dire à quel point on ne se sent pas réellement soutenus en tant que librairies indépendantes. On met en avant cette indépendance comme un critère de qualité mais dans les faits nous sommes  surtout les laissés pour compte de la chaîne du livre et de ses poids lourds. Il faut que les institutions, les pouvoirs publics se réveillent vraiment pour nous soutenir et nous défendre. Vraiment, concrètement.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Libraire L’impromptu
48 rue Sedaine
75011 Paris

 
 
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