Alexandra Lapierre
Pocket
Best
mars 2019
333 p.  7,50 €
 
 
 

r e n c o n t r e  a v e c
Alexandra Lapierre

Maud et Nancy Cunard:
une haine mère-fille

Comment une mère et une fille peuvent-elles se détester à ce point ? Mais plus que de la haine s’agissait-il peut-être d’un rendez-vous manqué entre une femme obnubilée par son ambition et sa fille qui lui fera payer cher son désintérêt ? Alexandra Lapierre s’est immergée dans les destinées de Maud et Nancy Cunard, brillantes, richissimes, cultivées, mécènes et qui ont toutes deux « hissé les petites choses de la vie en tragédie grecque. »

Comment avez-vous découvert l’histoire de ces deux femmes ?
Par hasard. D’habitude, j’aime les destins inouïs mais que l’Histoire a passés à la trappe. Ce n’était pas le cas ici et a priori Nancy Cunard, qui a vécu longtemps en France et sur laquelle il a été écrit beaucoup de choses, ne m’intéressait pas. Elle a collectionné les hommes célèbres (Aragon, Néruda, Aldous Huxley…), et les tableaux, et elle était beaucoup trop connue pour moi. Ce qui a provoqué le déclic, ce sont les rapports épouvantables qu’elle a entretenus avec sa mère, Maud. Celle-ci était un personnage incroyable, une aventurière qui a réussi à conquérir un monde pourtant inaccessible. Et voilà que Nancy écrit à ces aristocrates, devenus les amis de sa mère, ainsi qu’aux journalistes pour leur raconter quelle personne Maud est vraiment. Bref elle lave leur linge sale hors de la famille et cela ressemble à un matricide. Après cela, on imagine aisément que leurs relations ne se seront plus jamais paisibles.

Entre elles deux, c’est plus que de la rivalité : elles se détestaient ! Comment l’expliquez-vous ?
C’est l’exemple même de l’amour manqué. Lorsque Nancy était petite fille, elle adorait sa mère, elle était fascinée, mais celle-ci était uniquement préoccupée de son ascension sociale, de ses amours, comme beaucoup de femmes de cette époque. Cette demande d’affection va peu à peu se transformer en tristesse, en colère et en rage. Et lorsque la mère commence enfin à s’intéresser à sa fille, c’est trop tard. Leur relation se transforme en jeu de massacre

Mais elles étaient davantage que deux femmes qui se déchirent…
Bien sûr. A travers elles, ce sont tous les courants de la première moitié du 20e siècle qui sont résumés. Le racisme, le fascisme du côté de Maud, et la découverte de la ségrégation pour Nancy contre laquelle elle s’est battue avec force. Elles incarnent des problèmes qui se posent encore aujourd’hui. J’avais de la mère une image de mondaine sans intérêt, ce en quoi je me trompais. Elle a soutenu activement l’opéra de Covent Garden, a imposé les ballets russes, a eu une liaison avec Thomas Beecham, un chef d’orchestre très célèbre…

Pourquoi avoir choisi la fiction ?
De nombreuses biographies de Nancy ont été déjà publiées, je n’avais rien à apporter de nouveau. D’habitude, j’écris des livres linéaires, mais leur histoire est tellement dramatique, à mi-chemin entre le procès et le théâtre que je voulais donner la parole aux deux et j’avais envie d’explorer une nouvelle forme de récit.

Combien de temps avez-vous travaillé sur ce livre ?
Cinq ans. J’ai beaucoup hésité avant de l’écrire, j’ai fait une longue enquête car je voulais connaître absolument et intimement tout de leur vie. Et bien sûr être aussi proche que possible de la réalité, tout en utilisant les outils romanesques.

Propos recueillis par Pascale Frey

 
 
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