o n  l  a  v u
  La fabuleuse madame Maisel  
« La liberté en riant »

Le devoir conjugal mène à tout. Même à l’émancipation de la femme. Ce postulat surprenant et antinomique est le point de départ d’une des séries les plus réjouissantes du moment, « The Marvelous Mrs Maisel ». Un petit bonbon acidulé qui revient le 6 décembre sur le petit écran d’Amazon Prime Vidéo pour une saison 3 pour la fin de l’année. Franchement, même en piochant dans les classiques sériels, difficile de trouver mieux pour enchanter les fêtes. Il y a une longue liste de raisons à cela. La première est évidemment la personnalité de son héroïne Miriam Maisel propulsée dans une carrière de stand up à l’insu de son plein gré. Elle, son destin elle l’imaginait autrement. Comme toutes les filles de la bourgeoisie juive new-yorkaise élevée dans l’eco-système de l’Upper West Side, son truc était de devenir l’épouse parfaite de Joe Maisel. Et la perfection selon Miriam se mesure en centimètres. Elle consacre d’ailleurs une bonne partie de sa journée à mesurer toutes les circonférences de son corps pour s’assurer que son époux affichera un sourire béat en rejoignant leur lit à la nuit tombée.

Bande annonce Saison 3

La perfection se mesure aussi en plats mitonnés dans des Pyrex. Rond de cuir le jour, Joe Maisel rêve de devenir comique. Il arpente les scènes ouvertes du Village pour tenter de percer. Mais la concurrence est rude. Les places sont chères. Alors Miriam joue la carte de la corruption au bœuf bourguignon pour convaincre les gérants de salle d’offrir les meilleurs créneaux horaires à son mari. Puis assise au premier rang, elle consigne soigneusement sur un carnet de notes les réactions du public pour lui permettre d’améliorer ses performances… très médiocres.

La vie rêvée de Mrs Maisel atteint le nirvâna quand le rabbin fâché avec la famille depuis le mariage du jeune couple (Miriam avait osé une blague sur les crevettes présentes dans un plat) accepte l’invitation à dîner pour le premier soir de Yom Kippour.

Mais la jeune femme a la mauvaise idée d’être équipée d’un cerveau qui tourne beaucoup plus rapidement que celui de son mari. Et d’un humour corrosif. Pleine de bonne volonté et d’amour, elle fait malgré elle voler son paradis matrimonial en éclats. Résultat en l’espace d’une soirée, elle se retrouve à embrasser la carrière artistique de son mari. Il faut dire qu’il vient de claquer la porte de leur appartement pour une secrétaire qui se demande encore dans quel sens on taille les crayons à papier.

Devant un micro, en puisant dans ses frustrations et/ou névroses de femme au foyer, elle entame un parcours cathartique hilarant. Là où Joe peinait à provoquer un sourire, Miriam explose. Brillante, émouvante, transgressive, elle est repérée par une manager qui va décider de faire leur fortune.

Amy Sherman-Palladino et Daniel Palladino nous entraînent dans son sillage à leur façon. Le couple de créateurs est connu pour une grammaire artistique bien à eux. Leur signature ? Le réanchantement du quotidien. Leur tactique ? Faire que leurs personnages s’en sortent en réveillant leur candeur enfantine. Adulés par des fans qui n’ont jamais oublié « Gilmore Girls », ils ont réussi à surprendre sur Amazon. La femme et sa réinvention est toujours au cœur de leur travail. Après la thématique du combat de la mère célibataire dans une petite bourgade d’Amérique, ils abordent la question de l’émancipation au tournant des années 60. Ils rendent ainsi un double hommage vibrant. D’abord à la comédie musicale. Tous les codes des classiques sont joyeusement transcendés, comme dans les meilleurs crus de Woody Allen. À la comédie, ensuite. La vivacité et le rythme étourdissant de leur écriture sont une façon de rappeler tout ce que l’on doit à ceux dotés du don de faire sourire. Quand « Mad Men » explorait la face sombre des Sixties, « The Marvelous Mrs Maisel » rappelle ce que les femmes y ont trouvé. La liberté.

La saison 3 sera diffusée à partir du 6 décembre sur Amazon Prime video

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