La Veillée
Virginie Carton

Le Livre de Poche
mars 2016
224 p.  6,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

La mort aux trousses

Quand le message de Sébastien tombe sur son téléphone, Marie le juge à son image : « succinct, sans un mot de trop ». Elle ignore encore que pour lui, comme pour elle, plus rien ne sera jamais plus pareil. « Mon père est mort cette nuit », dit-il. Ce père fut un peu le sien aussi puisque petits, les amis d’enfance prétendaient avoir quatre parents. Marie préfère se rendre chez Sébastien plutôt que de l’appeler. Elle n’en repartira pas de si tôt. Tout le monde a un bon prétexte pour fuir. Emilie et Caroline, les sœurs de Sébastien, s’en vont retrouver maris et enfants. Edith, leur mère n’a pas le coeur à laisser seul Victor, son défunt époux, mais ni l’envie, ni le courage de passer sa première nuit de veuve à son chevet. Alors Sébastien se dévoue. Par amour sans doute autant que par culpabilité. Car revenu trop tard d’Italie, il n’a pas eu le temps de revoir son père vivant. Marie, qui a la trouille mais aussi le sens de l’amitié, accepte de le veiller avec lui. Mais comment doit-on accompagner un mort quand on n’a plus la foi ? Sébastien l’ignore, Marie aussi. Alors chacun fait à sa façon. Entre retenue et chagrin contenu, appréhension et fascination, Sébastien et Marie entourent Victor comme ils le peuvent. La bouteille de champagne qu’ils débouchent noie leurs peurs autant que leur pudeur. Souvenirs et anecdotes affluent, d’abord à voix basse puis avec audace. Les deux amis se plongent dans les albums photos et retombent en enfance entre deux confidences.

L’histoire décolle à l’acte trois, lorsque Virginie Carton fait entrer, dans la maison du mort, un drôle de monsieur couvert de neige. Cet intrus aussi barbu que farfelu porte un chapeau à plumes de paon dont s’échappent quelques dreadlocks et une valise en cuir usé qui va tout chambouler. Il se prénomme Harold et se présente comme le vieil ami de Victor. Sa malle contient une liasse de courrier, une lettre à l’attention de Sébastien et de nombreux secrets qui vont l’ébranler. Le père qu’il découvre n’a rien à voir avec celui qu’il croyait connaître et tentait d’imiter. Valérie Carton signe un joli texte qui parle avec tendresse d’amitié et de paternité et réussit à nous étonner. 

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