Paradis amer
Tatamkhulu AFRIKA

traduit de l'anglais par Georges-Michel Sarotte
Presses de la Cité
septembre 2015
294 p.  21,50 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Un nouveau « Brokeback Mountain »

 Tom Smith vient de recevoir une lettre et un colis que lui a adressé Danny, qu’il n’a plus vu depuis un demi-siècle. Leur première rencontre, placée sous le signe de la seconde guerre mondiale et d’un enfermement en camp de prisonniers, resurgit à la réception de cette correspondance. Petit à petit, Tom remonte le fil de ses souvenirs, racontant la guerre, le camp, l’univers masculin en reconstruction sous la surveillance de l’ennemi. Flashbacks d’une autre vie, loin, bien loin de l’homme vieillissant penché sur le courrier de Danny tandis que sa deuxième épouse s’inquiète de sa santé… La guerre, les hommes, les relations ambigües entre certains de ses camarades prisonniers, d’autres plus ouvertement homosexuelles et lui, dans ce marasme. Tom raconte la relation ambivalente avec Douglas (qui lui porte des sentiments qu’il se refuse à voir ou à comprendre) l’attirance qui le pousse vers Danny. Il décrit la vie en camp, les moments d’échappatoires, de solidarité, plongeant le lecteur dans des scènes dignes de films d’après-guerre. Parfois le sourire est là, comme avec les répétitions et représentations théâtrales pour « occuper le temps ». D’autres fois, le malaise ressenti par Tom rend captif : « Nous nous allongeons l’un à côté de l’autre, souriant béatement, tels deux idiots lobotomisés. Puis les sourires s’effacent comme nous succombons à l’angoisse que nous avons tout ce temps refoulée, à savoir que libration rime avec séparation (…) voilà donc la fin du paradis amer« . Car Tom a trouvé en Danny plus qu’un camarade à l’amitié virile. C’est bien de cela qu’il s’agit, non ? De sentiments troubles, étranges, puisque s’exprimant dans un contexte hors norme.

L’écriture de Tatamkhulu Afrika pour décrire ces hommes, la promiscuité de corps qui se cherchent ou s’affrontent est exceptionnelle de justesse. Rien d’étonnant à cela puisque ce roman est largement autobiographique. Un petit conseil : consultez la note de l’éditeur qui se trouve en début de livre après avoir terminé votre lecture. Le plaisir n’en sera que plus vertigineux.

 

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