Vigile
Hyam Zaytoun

Le Tripode
janvier 2019
124 p.  13 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Cœur battant

Hyam Zaytoun publie un premier roman bouleversant dans lequel elle raconte l’infarctus de son compagnon suspendu entre la vie et la mort, figeant l’espace et le temps. Sans pathos, mais avec des mots clairs et justes, l’auteure nous plonge en apnée dans ce cauchemar éveillé.

C’est un bruit étrange qui réveille la compagne d’Antoine, puis plus rien : le cœur de ce dernier s’est arrêté de battre. Lumières allumées, urgences en ligne, Hyam entame un massage cardiaque au-delà de ses forces, trente longues minutes au bout desquelles les secours prennent le relais ; après l’opération, Antoine est plongé dans un coma artificiel. Débute alors l’attente insupportable assortie d’un sombre pronostic. Autour, une miraculeuse toile de solidarité se tisse spontanément : amis, famille, voisins, collègues, tous entourent la jeune femme et ses enfants, la portent à bout de bras, insufflant confiance et énergie, se relayant au chevet du malade, et formant un cocon autour de cette famille en sursis. Hyam est terrifiée mais ne veut pas renoncer à l’espoir, elle est la vigile, celle qui veille dans la nuit obscure, avec cette croyance ancrée depuis l’enfance que par ce rôle, elle protège les siens du malheur, luttant contre l’impensable, la mort, et l’avenir, seule avec ses enfants. Pendant ces trois jours en suspens, les souvenirs affluent : la mise au monde de son fils, un voyage à Calcutta, les absences de son père, sa vocation précoce de comédienne et les mots de Claudel… Autant d’expériences qui ont forgé son caractère énergique et solide, capable de tout endurer sauf ça, la mort de son aimé auquel elle s’adresse dans ce livre magnifique, comme si le « tu » avait le pouvoir de ramener la vie à soi. Autant d’humanité, de gratitude et d’amour dans un récit aussi resserré lu d’une traite et la gorge serrée, cela tient d’un vrai talent.

 

partagez cette critique
partage par email