Charly 9
Richard Guérineau

d'après Jean Teulé
Delcourt
Mirages
novembre 2013
128 p.  16,95 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Tuez-les, mais tuez les tous !

Charles IX, roi de France de 1560 à 1574, n’aurait pas laissé un grand souvenir s’il n’avait ordonné en août 1572 le tristement célèbre massacre de la Saint Barthélémy. L’album commence à la veille du carnage. Charles, manipulé par sa mère Catherine de Médicis, ordonne  de tuer tous les  protestants. »Tuez-les, mais tuez-les tous !  Qu’il n’en reste pas un seul pour venir un jour me le reprocher ! « Il devient « le vengeur du ciel « , mais en fait ne se remettra jamais de ce qui horrifia l’Europe à l’exception du pape et des Espagnols. Sa vie va devenir une lente agonie, culpabilisant sur les morts qui le hantent, sombrant dans la folie. Il va mourir à 23 ans, haÏ de tous, transpirant le sang par tous les pores de son corps.

L’album, comme le roman de Jean Teulé, n’est pas un récit sombre et sinistre. D’ailleurs le titre – Charly 9 – prévient le lecteur. Une certaine distance est prise envers la grande histoire. On tangue souvent entre l’horreur et le grotesque, entre le sang et l’humour, entre le macabre et la folie.  La première scène dramatique est exemplaire, toute en surenchère et en ironie! Teulé voulait nous faire découvrir ce personnage si singulier et peu connu. Il y a mis toute sa verve!

Pour Richard Guérineau, le scénario de ces deux années de fin de règne était du pain béni ! Il a fidèlement adapté le roman en exploitant magnifiquement toutes les situations et toutes les extravagances du récit : un Paris rouge sang envahi par les corbeaux, une hostie et des dés à jouer qui suintent l’hémoglobine, des chasses dans le palais du Louvre, des gaffes, des folies. Le récit est vif, composé de petits chapitres. Les cents premières pages sont lues au galop avec une certaine légèreté. Ce souverain est un vrai personnage de BD ! D’ailleurs Lucky Luke et Johan lui font un clin d’oeil. Puis soudain, au chapitre XVII , Guérineau creuse le visage du monarque, prépare « sa robe de terre » et les vignettes rougissent. Le visage décharné du souverain, ses derniers regards le rendent pathétique, émouvant. Ni Teulé, ni Guérineau n’en ont fait un monstre sanguinaire. Charly n’aurait pas dû être roi. Partez sans crainte à la découverte de ce monarque calamiteux, mais finalement touchant.

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