La forêt des renards pendus
Nicolas Dumontheuil

d'après le roman d’Arto Paasilinna
Futuropolis
août 2016
144 p.  21 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Un thriller burlesque

Raphaël Juntanen est un malfrat en cavale. Son dernier coup réussi, il part se mettre au vert de l’or plein les poches dans la forêt lapone. Seul et riche, il est vite dérangé par le major Remes. Gabriel Remes est désemparé. Militaire sans guerre, il brûle son énergie dans la routine d’une caserne et dans l’eau-de-vie de bigarade. Un congé sans solde lui permet de faire un break. Le hasard de l’aventure le conduit jusqu’à la fruste tente de Juntanen. Après s’être jaugés, les deux hommes en rupture de ban décident de s’allier pour affronter l’hiver. Faisant jouer ses relations, le major les installe dans un logis destiné aux bûcherons.

Naska Moskinoff fête ses 90 ans. Vivant seule, le maire de sa commune décide de la placer à vie dans une maison de retraite. Malgré son âge avancé, la vieille dame refuse et profite d’une pause pipi pour échapper à ses pseudo-ravisseurs. Sans surprise pour le lecteur, elle débarque dans le logis de bûcheron un soir de tempête. Juntanen et le major Remes s’accordent pour laisser un peu d’espace à la nonagénaire, laquelle s’occupera des taches domestiques. Le trio fuit la police, la routine et le destin. Ensemble, ils recréent une ambiance familiale à l’approche des fêtes de fin d’année. Renouant avec ses anciennes relations, Juntanen fait venir Anieta et Christine depuis Stockholm, deux filles de petite vertu, en guise de cadeau de Noël. L’arrivée impromptue d’un policier solitaire semble marquer un coup d’arrêt à cette équipée de dingos, excepté que l’or, transformé en argent, convainc le fonctionnaire de trouver un compromis avec ces fugitifs. La fin est joyeuse, sauf pour l’acolyte de Juntanen passé récupérer son du, sans succès.

On retrouve Nicolas Dumontheuil, 20 ans après Qui a tué l’idiot ? Prix du Meilleur Album à Angoulême en 1997. Déjà à l’époque, l’influence était littéraire, un personnage mi colporteur mi acteur échoue dans un village de fous dépeuplé par un psychopathe. Une intrigue empruntée aux Dix petits nègres d’Agata Christie et un traitement graphique original, dont la qualité première était d’épouser, en termes de couleurs et de traits, la douce folie instillée dans l’ouvrage. Ici, le sépia se déploie de la couverture jusqu’à la dernière page, telle une couche de neige. Un décor, non pas le noir et blanc artistique et parfois austère mais une teinte qui rappelle l’ambiance finnoise sans les affres du froid. Arto Paasilinna a construit son histoire comme Ravel son boléro, en réunissant l’un après l’autre des personnages singuliers, hormis les prostituées, pour créer une communauté hétéroclite mais harmonieuse. D’ailleurs, on croit reconnaître l’écrivain sous les traits du major Remes, dont la puissante carrure et l’activité physique permanente ne sont pas sans rappeler la jeunesse de Paasilinna. Burlesque, exotique, ce thriller humoristique en profonde Laponie n’atteint pas le degré d’incandescence de Qui a tué l’idiot ? mais résume en un album les qualités du style Dumontheuil.

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