L'Arabe du futur - volume 3 -
Riad Sattouf

Allary
octobre 2016
160 p.  20,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Le Petit Nicolas en Syrie

Ce ne sont que des souvenirs d’enfance tout en innocence. Et pourtant… Comment ne pas faire le lien entre la Syrie des années 80 où a grandi Riad Sattouf, et qu’il nous raconte dans la saga « L’Arabe du futur », et ce pays qu’une sanglante guerre civile ravage depuis cinq ans. On se précipite sur ce tome 3, comme sur le précédent, pour y retrouver bien sûr un Riad à l’âge de raison, découvrant l’école primaire et son rôle de frère aîné. Mais aussi pour y puiser quelques lumières sur l’histoire, les mentalités, le mode de vie de ce peuple aujourd’hui déchiré et meurtri.

Un regard d’enfant sur la vie des adultes

Ce roman graphique débordant de tendresse nous ramène dans la même maison, vaste mais délabrée, du village de Ter Maaleh où le père a choisi d’installer sa femme et ses deux garçons. Doux rêveur, Abdel-Razak Sattouf s’accroche à son poste d’universitaire comme à un don du ciel, persuadé qu’il lui garantit un bel avenir sur sa terre natale. Il tente de positiver malgré cette absence de confort, de vie sociale et de perspectives qui accable sa femme. Riad lit à livre ouvert dans les signes d’anxiété de l’une ou la fausse assurance de l’autre.

Ce regard d’enfant sur les épreuves de la vie d’adulte est le fil conducteur de la série. Riad Sattouf montre sa mère passer de la douceur à la révolte, de l’effacement au scepticisme, et son père tenter de s’affirmer auprès d’elle, mais aussi de sa propre mère, de ses collègues ou de ses relations « haut placées ». Souvent en vain. Le garçon poursuit aussi son apprentissage de l’école, cet univers impitoyable où l’instituteur a le coup de bâton facile, où de jeunes brutes épaisses font la loi à la récré…

L’étranger? Forcément un ennemi

L’auteur nous amuse aussi lorsqu’il se souvient avoir fait l’expérience du ramadan pour imiter son père, lui-même peu convaincu. Il nous fait sourire davantage encore au souvenir de ses premiers films d’action découverts en cassette VHS, qui l’ont fait s’identifier à Conan le Barbare, encadré de ses cousins, dans la morne campagne qui cernait le village.

« L’arabe du futur » a des accents du Petit Nicolas et de la Guerre des Boutons sur cette terre où à l’époque, en temps de paix, l’étranger était forcément un ennemi juif, où les proches et les fidèles du président al-Assad (Hafez, le père) étalaient sans vergogne leurs privilèges, où la loi du plus fort semblait le principal ciment de la vie en société. Riad Sattouf sait nous émouvoir dans une Syrie où rien ne fait rêver.

 

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 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

On retrouve avec plaisir Riad Sattouf en Syrie. Nous sommes en 1985, il a sept ans. Il est dans l’école des grands maintenant, la nouvelle école pour les garçons. Il est premier de classe.

On continue à poursuivre son enfance. Il découvrira la petite souris en perdant ses dents de lait, on y parle bien entendu de religion, du ramadan, de la fête de Noël car sa maman se languit de son pays d’origine la France et de ses coutumes.

Difficile de vivre au milieu de nulle part avec peu de perspectives. J’ai aimé la recherche du sapin pour Noël et le récit dans le magasin de luxe pour les étrangers avec un immense Goldorak en jouet.

Le père de Riad croit toujours pouvoir faire une belle carrière et améliorer son quotidien, il entretient des contacts avec des gens importants dit-il. On y parle de l’Arabie Saoudite, des rapports entre américains et israéliens, de la corruption du pouvoir saoudien grâce aux pétro-dollars.

Une série que j’adore car on apprend de façon claire l’évolution de la situation au Proche-orient.
On y parle de la différence de perception de l’autre par rapport aux préjugés, il est blanc donc c’est un juif par exemple… On quittera Riad à l’âge de neuf ans pour un nouveau départ vers d’autres aventures, vers une autre contrée.

Je reste fan et ma note est ♥

Les jolies phrases

Les gens détestent les meilleurs qu’eux. N’oublie jamais ça.

En Arabie Saoudite, c’est l’égalité entre tous les hommes. Si tu crèves un oeil à quelqu’un, on te crève un oeil. Si tu voles, on te coupe la main avec laquelle tu as volé. Oeil pour oeil, dent pour dent : logique.

En Irak, c’est l’inverse la majorité de la population était chiite alors ils ont mis les sunnites au pouvoir… C’était logique. Comme les gens pensent tous avoir raison, dès qu’ils sont en majorité ils commencent à tuer ceux qui pensent pas comme eux.

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