Le déploiement
Nick Sousanis

Actes Sud Editions
mai 2016
200 p.  23 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

éloge de la BD

Voilà une bande dessinée qui mériterait d’être entre toutes les mains tant elle bouscule nos perceptions sur la transmission des savoirs et l’expression de nos singularités. Un ouvrage exigeant et pénétrant dont la lecture assure le déploiement de nos bien plates pensées en nous faisant la démonstration par l’image, des limites de notre système perceptif. « Le déploiement » est la première thèse jamais réalisée sur le sol américain sous forme de bande dessinée. Sa version originale a été publiée en 2015 par la Harvard University Press et a été qualifiée par le New York Time « d’authentique curiosité, un traité philosophique en forme de BD ». Comme vous l’avez compris, c’est du sérieux, même si c’est une lecture des plus réjouissantes. Ce livre très original est une ode à la puissance des images qui vient bousculer la primauté traditionnelle de l’écrit sur nos esprits. Il fait la démonstration qu’en associant du visuel au texte (et pas seulement pour illustrer ce dernier), on engendre d’autres perspectives, de nouvelles façons de voir et on ouvre le champ des possibles à même de développer les potentialités de chacun. Cette thèse aurait pu être indigeste pour le grand public, mais par sa forme graphique unique, elle déroule de façon limpide, de cases en planches de dessins noir et blanc, une imparable démonstration qu’une image peut valoir mille mots. On sort d’une pensée séquentielle classique pour investir une pensée simultanée ou les concepts sont brassés pour démontrer qu’une unique perspective « vraie » est fausse. Son auteur, Nick Sousanis, outre ses qualités de chercheur, de mathématicien, de dessinateur et de musicien est un ancien joueur de tennis professionnel. À la lecture de cet ouvrage, on se dit qu’il a gardé le sens du jeu et qu’il aime faire rebondir les idées comme on fait rebondir les balles lors d’un match. Inventif et créatif, il nous offre un album de vulgarisation brillant sur des disciplines intimidantes et pourtant passionnantes que sont la sémiologie ou l’épistémologie. Parce qu’une image vaut tous les discours, il nous fait une belle démonstration visuelle que « pour faire de bons penseurs, il faut de bons voyeurs ». Alors, n’hésitons pas abreuver nos cerveaux et ceux de nos proches de romans graphiques de qualité qui forgeront allégrement nos esprits et nous aideront à cultiver notre jardin.

partagez cette critique
partage par email

q u o i  l i r e ? découvrez les coups de coeur des libraires cette semaine  #97


Retour à la page d'accueil