Le patient
Timothé Le Boucher

Glénat
1000 Feuilles
avril 2019
 25 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

« La patient » de Timothé Le Boucher
est le coup de coeur de la librairie  Maupetit à Marseille
dans notre  q u o i  l i r e ? #66

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 Les internautes l'ont lu

Fan de « Ces jours qui disparaissent », j’ai voulu découvrir « Le patient ». Je suis fan du graphisme de
Timothé le Boucher, un talent à suivre.

Une couverture magnifique qui annonce un suspens Hitchcockien, et nous fait penser aux « oiseaux ».

Pierre Grimaud, âgé de 15 ans à l’époque est le seul survivant du massacre des Corneilles, c’est ainsi que l’on avait intitulé l’affaire à l’époque, en fait il s’agit du nom de la rue.

Toute la famille avait été assassinée au couteau mis à part deux survivants, Pierre grièvement blessé – dans le coma- et sa soeur Laure considérée un peu « débile », différente, simplette. On l’avait retrouvée errant un couteau à la main.

Quelques temps après le drame, Laure s’était suicidée.

Nous sommes six ans plus tard et lorsque Pierre se réveille, il est amnésique et encore paralysé. Il devra encore passer un petit temps à l’hôpital.

Anna Kieffer est psychologue spécialiste en criminologie, elle fait de la route pour suivre Pierre mais elle y tient car elle s’était occupée de l’affaire et avait suivi Laura. Anna va essayer de comprendre et essayer d’aider Pierre à retrouver la mémoire. Pierre fait des cauchemars et voit continuellement un homme tout en noir qui l’effraie.

Pierre et Anna deviendront complices au fil du temps, ce patient changera la vie d’Anna.

Un véritable thriller hitchockien, je le répète. C’est bien pensé. J’ai aimé la construction même si par moment on se perd un peu, c’est volontaire.

Un roman graphique de 300 pages dans lequel tensions, manipulations sont à l’ordre du jour. Le dessin est épuré. la maîtrise narrative est parfaite.

J’ai aimé que l’auteur nous parle également du rapport que l’on a au corps, de notre image par rapport à autrui.

L’auteur nous dépeint le parcours de jeunes adolescents victimes d’accidents de la route, du réapprentissage de la vie, de leur corps et de l’image que l’on peut avoir de soi. Il nous emmène au coeur de l’âme humaine; amnésie, manipulation, perte de la notion du temps et de son identité.

J’ai passé un excellent moment.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

Tout le monde porte un masque de normalité, il faut savoir regarder à travers d’infimes fissures de ce qu’il dissimule.

Ma psy m’a dit l’autre jour : après une fracture, un os cassé se reforme toujours plus solidement. Quoi ? C’est une métaphore. Ça veut dire qu’on sortira de ces épreuves grandis.

Vous savez je trouve que le sort qui m’est réservé est injuste. Des hommes d’état s »octroient le droit de mener des guerres qui provoquent des milliers de victimes. Les grands patrons exploitent les plus faibles au mépris des droits de l’Homme. Ils détruisent les ressources nécessaires à la survie de l’humanité. D’ailleurs une petite minorité possède la quasi totalité des richesses mondiales. Et enfin des millions d’animaux sont tués chaque jour dans l’indifférence la plus totale pour être consommés, ils sèment la mort en toute impunité. Je fais pâle figure face à eux.

Une victime est un terreau favorable à le redevenir.

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coup de coeur nuit blanche

Autant commencer par vous prévenir : vous ne refermerez pas ce roman graphique avant de l’avoir achevé car vous allez être complètement happé par ce thriller psychologique très hitchcockien qui met en scène des personnages complexes et complètement fascinants.
Commençons par le commencement : nous découvrons tout d’abord une jeune fille errant dans une zone pavillonnaire, la nuit, un couteau à la main, les vêtements tachés de sang et le regard vide. Elle est tout de suite identifiée par deux policiers en patrouille comme étant la petite Grimaud, une gamine surnommée « la débile ». La police découvrira quelques pages plus loin qu’elle est certainement l’auteur d’un véritable massacre : toute sa famille gît à terre mortellement blessée, sauf peut-être l’un d’entre eux.
Un bond temporel de deux pages nous propulse six ans plus tard, dans la chambre d’un hôpital : une jeune aide-soignante s’occupe de la toilette d’un beau garçon blond au visage angélique qui semble plongé dans le coma. Elle lui parle, s’interroge sur ce qu’il était, un pianiste peut-être, imagine-t-elle en observant ses longs doigts gracieux, pose deux doigts sur ses lèvres, se penche pour l’embrasser et constate avec surprise qu’il ouvre un œil.
Lui, c’est Pierre Grimaud : il est le seul survivant de cette monstrueuse tuerie nommée par la presse « le massacre des corneilles » et il va être aidé par une psychologue spécialisée dans les troubles de stress post-traumatiques, Anna Kieffer, dont on apprend très vite qu’elle ne dépend pas de l’hôpital où a été admis Pierre, qu’elle fait même deux heures de route pour s’y rendre. Mais c’est elle qui a été nommée pour s’occuper de ce garçon : en effet, elle est aussi spécialisée dans la psycho-criminologie et la victimologie, collabore régulièrement avec la police et a suivi la sœur de Pierre, Laura Grimaud.
Elle va tenter, grâce à l’hypnose, de faire parler le jeune homme en le replongeant dans ses souvenirs afin de comprendre enfin ce qui s’est passé ce soir-là.
Ce qui m’a frappée dans ce roman graphique, outre la parfaite construction du scénario, le suspense impressionnant qui en découle, les jeux habiles sur la temporalité et les fausses pistes sur lesquelles nous lance régulièrement l’auteur, c’est, comme je le disais au début, la complexité psychologique des personnages et les relations extrêmement troubles qu’ils entretiennent entre eux au point que l’on s’interroge, jusqu’à la fin du roman graphique, sur ce qu’ils sont vraiment.
Jeux ambigus de séduction, manipulations malsaines et relations équivoques de domination/soumission finissent par nous pousser à nous interroger sur qui est la victime, qui est le coupable. Encore une fois, rien n’est simple dans cet imbroglio où les apparences sont trompeuses, où les êtres semblent porter un masque, où conscient et inconscient luttent en chacun des personnages dominés par des pulsions difficilement contrôlables.
J’ai beaucoup aimé aussi la présence de figures secondaires assez fouillées et dont on ne comprend pas d’emblée les réactions. Elles viennent ajouter de l’épaisseur à ce roman graphique dont chaque page mériterait d’être interprétée, creusée, discutée…
En effet, rien n’est simple, et il me semble que c’est un peu le coeur du sujet : les individus se débattent dans des obsessions dont ils ne parviennent pas à sortir, ils apparaissent comme doubles et perdus dans cette dualité faite d’ombre et de lumière. Ils tiennent de l’ange et du diable et sont faits d’une douceur à laquelle se mêle la pire des cruautés. Finalement, il est difficile de discerner qui sont les gens (le savent-ils eux-mêmes?) comme l’explique Pierre à sa sœur Laura avant le drame : « Ça ne veut rien dire Laura, les gens te montrent ce qu’ils veulent que tu voies », difficile de définir leur identité qui semble fluctuante, instable, sans rien d’immuable ou de continu.
Au fond, chacun porte (volontairement ou non/consciemment ou non) un masque et les apparences sont souvent bien trompeuses…
En dire plus concernant l’intrigue serait en dire trop, mais je pense que rien n’est simple dans ce roman graphique et que bon nombre de questions demeurent jusqu’au bout.
Enfin, les couleurs mates, l’aspect épuré du dessin et le côté géométrique des lignes créent un univers labyrinthique dans lequel chacun semble comme pris au piège.
Un univers trouble, fascinant, plein de tension et de non-dit qui vous habitera longtemps…

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