L'inversion de la courbe des sentiments
Jean-Philippe Peyraud

Futuropolis
bandes dessinee
juin 2016
192 p.  26 €
ebook avec DRM 18,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Sauve qui peut l’amour

Attention ce n’est pas ce roman graphique qui va faire baisser la température. Au contraire. Les rapports entre les personnages y sont hot, parfois très hot. C’est avec un trait à la ligne claire élégant et une palette tout en nuances de couleurs pastelles à la fois subtiles et surannées que Jean-Philippe Peyraud nous offre la BD la plus sexy chic de l’été. Les corps se trouvent, ils sont beaux. Ils se désirent, se déchirent parfois et si certaines situations sont très piquantes, elles gardent toujours une belle esthétique très pudique. Cash mais jamais trash. « Passez l’amour (le sexe) à la machine, faites-le bouillir pour voir si les couleurs peuvent revenir » : voilà comment en citant, voire paraphrasant, Alain Souchon on peut résumer cette comédie sentimentale aussi douce qu’acide sur la vie amoureuse, sexuelle et existentielle de jeunes trentenaires et quadras urbains désabusés par leur drôle d’époque. Celle de l’amour 2.0, de la crise économique, de l’homoparentalité, du cancer galopant, de la dépendance des vieux parents.

L’histoire s’articule comme une ronde des sentiments autour d’un personnage pivot : Robinson commerçant de DVD, secteur en totale récession à cause du téléchargement sur internet et que sa compagne vient de quitter. Pour oublier ses déboires amoureux et professionnels, Robi (pour les intimes) enchaîne les rencontres d’un soir sur « Pêchounkeum.com » et fuit tout engagement. Et comme les emmerdements arrivent toujours en escadrilles, alors qu’il vient d’être largué, que son fidèle employé va le lâcher, que son vieux père débarque, sa sœur handicapée l’appelle affolée, car son fils vient de disparaître avec la voisine de 25 ans son ainée. En parallèle, la pulpeuse Charlène, plan cul d’un soir de Robi , a sa meilleure amie Johannes qui recherche son père biologique, qui pourrait être Robinson lui-même.

Jean Philippe Peyraud mène cette variation sentimentale à vive allure, comme à sauts et gambades graphiques avec effets de surprise garantis. Ses raccords visuels sont très inventifs et son sens du cadre est particulièrement remarquable. Il saisit son lecteur d’un dessin volage et léger dans une narration qui a beaucoup de style. Un album tout en séduction et au charme plus que certain.

 

 

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