Les Petits Papiers d'Henri Guillemin
Patrick Rödel

Editions d'Utovie
h.g.
mars 2015
240 p.  19 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Guillemin nécessaire

Qui se souvient d’Henri Guillemin? Poser la question n’est pas bon signe. A l’évidence, l’oubli guette. Et à lire Patrick Rödel, on se dit que c’est bien dommage. 

Ancien élève de l’école normale supérieure, Henri Guillemin naît en 1903 à Macon, dans un milieu modeste. Très jeune il rencontre Marc Sangnier, le fondateur du Sillon, dont il se considèrera longtemps comme le fils spirituel. C’est à cette époque qu’il se forge une conscience politique de gauche alliée à une foi qui l’habitera toute sa vie. Cette exigence sociale et chrétienne marque son parcours et ses recherches.
Plus tard le Sillon se dévoiera dans ce qui deviendra, après guerre, le MRP, et s’éloignera tellement de ses valeurs originelles que Guillemin rompra sèchement avec Sangnier.

Il faut dire que Guillemin n’était pas facile. Il était obsédé par la vérité. C’est elle qu’il traquait dans les évènements historiques qu’il analysait ou dans la vie de ceux – Péguy, Jeanne d’Arc, Hugo, entre autres- dont il écrivait la biographie. Il n’hésitait pas à pendre partie et sa méthode comme son ton tranchaient avec l’histoire telle qu’on l’écrivait à l’époque, créant  souvent la polémique. 

Patrick Rödel a tout lu. On le sent impressionné par la somme de travail – l’œuvre est considérable (en partie disponible chez Utovie) – mais il ne crie pas au génie. En revanche il est époustouflé par le Guillemin conférencier. Il se souvient de la voix inimitable, du rythme de la phrase, de ce sens de la dramaturgie qui captivait littéralement ceux qui l’écoutaient. On sent un talent hors du commun. Et effectivement, prenez le temps d’aller sur  Youtube  pour voir quelques-unes des émissions réalisées pour la télévision suisse romande. Regardez, par exemple, « Le fascisme en France ». C’est d’une liberté de ton et d’une modernité sidérante, et c’est ici.

Ce livre a un charme particulier. Henri Guillemin avait épousé la fille de Jacques Rödel, le grand-père de l’auteur. « Guillemin », comme il l’appelle, était donc son oncle. Un lien fait plus de fascination que d’affection –il n’était pas facile d’être dans les petits papiers de Guillemin !-, donne au récit du neveu une couleur particulière et une proximité rare, précieuse, entre le biographe et son sujet. Cela nous vaut un portrait  subtil, tout en finesse (et vraiment bien écrit) d’un Guillemin complexe, puissant, mais dont Patrick Rödel n’escamote ni les failles ni les faiblesses.  Et, l’on se dit, le livre refermé, qu’il est bien temps de redécouvrir Henri Guillemin et urgent de l’écouter à nouveau.

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