Patrick Edlinger : ma vie suspendue
Patrick Edlinger

Guérin
février 2013
320 p.  56 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

En solo

Le 16 novembre 2012, Patrick Edlinger, cinquante-deux ans, meurt à la suite d’une chute accidentelle dans les escaliers de sa maison de Bonlau près de ce Verdon où il grimpait et pêchait. Patrick Edlinger ? Un géant qui, à travers un film de Jean-Paul Janssen, « La Vie au bout des doigts », diffusé pour la première fois le 11 décembre 1982, a fait découvrir l’escalade à une foule de gens. Patrick a alors 22 ans. Taillé comme un modèle de Michel-Ange, celui que l’on surnomme le grimpeur de l’impossible, est un adepte de cette activité à l’époque confidentielle que certains appellent encore la varappe. Sans corde pour le retenir en cas de chute, il s’éclate dans le solo intégral, une démarche personnelle, dit-il, pour aller plus loin dans la zone de la peur, pour mieux se connaître. « Ce que fait ce jeune homme au péril de sa vie, écrit alors Françoise Giroud dans l’Express, avec une sorte d’ivresse lucide, n’a aucun sens apparent. C’est une affaire avec lui-même qu’il mène là. Une de ces somptueuses extravagances dont seuls les humains sont capables et qui les rend aimables en dépit de tout. »

Après « La Vie au bout des doigts », qui fait un véritable tabac, Patrick est une star. La presse, la radio, la télé se l’arrachent. Sa destinée change du tout au tout. Dans son autobiographie, faite à quatre mains (ndlr : lui disait et Asselin écrivait), il déclare : « Du côté des filles, c’était un peu le délire. En quelques soirées parisiennes, j’étais presque étonné du nombre de jolis mannequins qui me tombaient dans les bras le temps d’une nuit. J’avoue que j’en ai vraiment profité, j’ai eu le sentiment que toutes les plus belles filles du monde passaient dans mon lit ! »

De 1984 à 1986, tout lui réussit. Il tourne encore, toujours avec Janssen, « Opéra Vertical », qui deviendra aussi un livre chez Arthaud. Il y a également son amitié avec Berhault – l’autre Patrick avec qui il a fait les quatre cents coups, mort en avril 2004 en glissant sur l’arête du Täschhorn alors qu’il enchaînait, avec le guide Philippe Magnin, tous les quatre mille des Alpes –, les compétitions d’escalade ( pas une fin en soi mais l’assurance de dénicher des sponsors), la création de sa propre ligne de vêtements, ses apparitions au cinéma dans des films de Giovanni et Lelouch, sa participation à l’émission phare Ushuaïa, l’argent, son amour pour les bolides, Marilé, sa compagne, son engagement comme rédacteur en chef de la revue Roc’n Wall, ses problèmes dentaires, sa rencontre avec Matia, sa future épouse, la naissance de leur fille Nastia, « la plus belle réalisation de sa vie », sa traversée des Alpes à pied avec son ami Berhault d’août 2000 à février 2001 (ndlr : 140 000 mètres de dénivelé positif dont plus de 22 000 en paroi), sa rupture avec Matia…

Et puis, parce que l’existence est parfois faite d’ombres, Patrick parle encore de sa dépression, « l’ascension la plus difficile de sa vie », des mensonges qu’elle entraîne, des peurs qu’elle trimballe, des douleurs qu’elle impose. « Il faut, écrit-il, accepter de dire l’alcool, les médicaments, la parole qui sort difficilement d’une bouche que la fatigue et les cigarettes ont alourdie. Il faut parler d’une maison laissée à l’abandon, avec des bouteilles vides, des cendriers pleins, la vaisselle sale, le verre cassé et cette cuisinière qui ne cuisine plus et où s’empilent les tasses de café. » Son retour vers la lumière après trois ans de galère ? Sa rencontre avec Anne-Christine, institutrice à La Réunion avec qui Patrick avait le projet de se reconstruire, de rattraper le temps perdu. Un stupide accident en a décidé autrement…

partagez cette critique
partage par email

je joue !

jusqu'au 31 mai 2019

retour à la page d'accueil