Sagan et fils
Denis Westhoff

Le Livre de Poche
février 2013
240 p.  6,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Sagan, mère et romancière

Denis Westhoff l’annonce dès le début : « je ne suis ni écrivain ni détenteur d’une vérité absolue ». Beaucoup d’encre a coulé sur le personnage mythique de sa mère, mais à travers ce livre, « Sagan et fils », il voulait rétablir sa vérité avec authenticité tel « un témoin attentif, amusé parfois ébahi mais jamais désenchanté ».
Avec une tendresse infinie, il décrit la vie rocambolesque de l’auteur de « Bonjour Tristesse », cet ouvrage qui fit fureur alors qu’elle n’avait que 17 ans, et « du scandale naquit la gloire, et de la gloire naquit la légende ». Comment se positionner face à une légende lorsqu’on a vécu avec elle ? Quel est le juste recul à adopter pour écrire ces lignes qui étaient en lui mais qu’il repoussait et redoutait tant ? Son regard de photographe l’a sans doute aidé, l’a porté.
C’est par la petite porte que l’on rentre dans son univers, avec le regard de l’enfance puis du jeune adulte. Une époque révolue mais très évocatrice. On apprend que le nom de plume de Sagan provient du conte de Sagan issu de « A la Recherche du temps perdu » de Marcel Proust. Sa mère disait d’ailleurs que même en l’ayant lu dix fois, on ne l’avait jamais lu. Que la grande lectrice qu’elle était adorait Styron, Stendhal, Hemingway ou encore Duras mais en prenant les chemins de traverse, c’est-à-dire en aimant les livres de ces auteurs qui jouissaient de moins de notoriété.  Denis Westhoff nous apprend aussi qu’elle était d’une grande générosité, pleine d’humour comme en témoigne cette citation « boite de nuit, whisky et Ferrari valent mieux que cuisine, tricot et économie ». Il la dépeint éprise de liberté et fondamentalement antiraciste. Mais elle était aussi excessive qu’audacieuse, fantasque qu’indépendante. Il brosse enfin un beau portrait de son père Bob Westhoff. Cet homme tour à tour militaire dans l’US Air Force, patineur pour « Holiday on ice », mannequin, sculpteur, rédacteur chez Publicis, noceur et dilettante. On retiendra surtout le mélomane averti.
L’amour qu’il a reçu de ces parents attentifs, gais et festifs, mais dont il décrit aussi avec délicatesse la part d’ombre, se retrouve dans l’amour tendre et mélancolique qu’il leur voue à travers cette double biographie. Denis Westhoff a une plume, une vraie, et une impulsion créative. La transmission est là et le bonheur, qu’elle « connaissait par cœur, elle savait le donner, le cerner, le distribuer, » Le lecteur l’éprouve en le lisant. « Les chiens ne font pas des chats, même si le chat est consentant ».

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