Chambre avec vue sur la guerre
Edith Bouvier

FLAMMARION
octobre 2012
272 p.  19 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Dix jours d’enfer

Blessée dans un bombardement à Homs, la journaliste française Edith Bouvier raconte ses dix jours d’enfer dans « Chambre avec vue sur la guerre ».

Elle avait fait un premier reportage en Syrie, au Nord, en décembre 2011. Cette fois, en février 2012, elle s’est préparée avec le photographe Daniel Williams à entrer dans Homs, par un tunnel (une ancienne évacuation d’eau) qui relie le Liban à la Syrie. Dans le quartier de Baba Amr, une maison a été transformée en centre de presse où se retrouvent des journalistes du monde entier. Ce mercredi 22 février, les murs tremblent et les roquettes de 122 mm tirées par l’armée syrienne pleuvent sur les occupants. Quelques minutes plus tard, une bombe explose tuant Marie Colvin et Rémi Ochlik. « J’ai senti que j’étais blessée, se souvient Edith Bouvier. Mon premier réflexe a été de vérifier que j’avais toujours mes jambes. William m’a aidé à me relever, et au moment de sortir, nous avons vu Marie et Remi, étendus sur les marches… Elle, je l’avais aperçue pour la première fois la veille au soir, mais pour tous les jeunes reporters, elle était une star. Quant à Rémi, j’avais fait sa connaissance quelques jours plus tôt, au Liban, lorsque nous attendions de pouvoir entrer en Syrie. »

Cette mission, cela faisait des mois que la jeune femme la préparait à Paris, en collaboration avec des Syriens. « On devient leur amie et c’est le seul moyen d’être certain qu’au cœur du danger, ils ne vous lâcheront pas. C’est exactement ce qui s’est passé. Sans eux, je n’aurais jamais survécu à tout ça. » Alors qu’elle a la jambe en charpie (elle souffre d’une double fracture), et qu’elle est incapable de marcher, les membres de l’armée libre la transportent dans le dispensaire le plus proche. Là, impossible de l’opérer, les médecins n’ont pas les installations nécessaires. Il faut la sortir de là, mais les bombardements ne cessent pas. Les membres de l’armée libre se relaient à son chevet pour la distraire, lui donner des nouvelles de l’extérieur, la faire rire. « Ils m’ont traitée comme une sœur, même si je suis chrétienne. Ils ont risqué leur vie pour nous, pour nous remercier de les aider à faire reconnaître leurs souffrances. Mais aussi parce que si j’étais morte dans les mains de l’armée libre, le régime l’aurait utilisé contre eux. » Il faudra dix jours à Edith et William pour fuir Baba Amr. Impossible de repasser par le tunnel qu’ils ont utilisé pour entrer, puisqu’il a été bombardé. Finalement, le 1er mars, Edith et William, « déguisés » en Syrien, montent dans un minibus. Toute une organisation a été mise en place pour les exfiltrer du pays. « La plupart des gens nous reprochent de prendre des risques inconsidérés, mais c’est faux, ce sont des risques mesurés. Je ne retournerai peut-être pas tout de suite en Syrie, mais je veux continuer à raconter, à témoigner, à ne pas oublier ».

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