La cause du peuple
Patrick BUISSON

Tempus Perrin
septembre 2016
640 p.  10 €
ebook avec DRM 14,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Je t’aime mon Patrick

Il y a des types que l’on n’a pas envie de rencontrer; Patrick Buisson est de ceux-là. Conseiller de Nicolas Sarkozy de 2006 à 2012, il publie, lui le chantre d’une droite nationale, un pavé au titre soixante-huitard qui suinte la haine et le mépris.
On connaît l’histoire : « Pour mieux servir Nicolas Sarkozy » (dixit Buisson), il a enregistré à l’insu de l’intéressé les propos tenus lors de nombreuses rencontres tant privées que publiques. Comme Buisson a une propension aiguë à se brouiller avec tout le monde, ces enregistrements lui ont été dérobés avec l’intention de lui nuire, puis ils ont fuité dans la presse, ce qui lui a valu une condamnation. Et cette « Cause du peuple » ressemble fort à une vengeance.
Le premier visé, le personnage central du livre c’est Sarkozy, « ce mâle dominant qui vivait sous l’empire des femmes », « frappé d’une incontinence du moi » qui « n’avait jamais eu pour conviction que son intérêt instantané et, son intérêt changeant, il n’avait cessé de changer d’idées en y mettant toute l’énergie de ses insincérités successives ». Difficile d’être plus méchant.
Cet égocentrisme pathologique, cet opportunisme sans limite de Sarkozy ont été décrits si souvent – je pense notamment au cruel portrait qu’en dresse Jean-Louis Debré dans « Ce que je ne pouvais dire » – que Buisson ne nous apprend rien. Il y a bien quelques révélations, notamment sur l’exploitation des manifestations étudiantes du printemps 2006, mais rien de très surprenant.

Dépit amoureux
Outre Sarkozy, Buisson étale un mépris souverain pour Cécilia Sarkozy, puis pour Carla Bruni qu’il prend plaisir à ridiculiser. L’entourage n’est pas épargné. Il cite l’ancien président pour viser quelques proches «Baroin acheté à la baisse, mais encore trop cher pour un second rôle» ou tire lui même, comme sur  Brice Hortefeux qu’il assasine d’une phrase: « Dans tous les postes qu’il occupa, Hortefeux mit une grande persévérance à ne rien faire. »
Pourquoi tant de haine ? Buisson dit qu’il s’est senti trahi, car finalement les valeurs qu’il porte, qui « l’habitent », n’ont pas été défendue par Sarkozy. Sans doute est-ce l’une des raisons. Mais la violence du propos, la force de la charge, cette hargne confite, ressemblent fort à du dépit amoureux. Buisson rapporte d’ailleurs que régulièrement Sarkozy le gratifiait d’un « je t’aime mon Patrick ».
Et puis, un jour, Carla Bruni est entrée dans la vie de Sarkozy et avec elle tout ce que déteste Buisson. Et là accrochez-vous, la liste est longue : la mondialisation, mai 68, la communication, l’Europe, les cathos de gauche, le mariage pour tous, l’avortement, le féminisme, la repentance, le capitalisme, les bourgeois, les bobos, l’écologie, le métissage, le droit d’ingérence, l’humanitarisme, les accords d’Evian et plus généralement toute forme de modernité.

L’obsession nationale
Mais qu’aime–t-il donc cet homme ? La France. La France éternelle, la fille aînée de l’Eglise. Il est obsédé par l’identité nationale, par les racines chrétiennes de la France, par le culte du chef qui doit l’incarner. Par le peuple aussi. Ce peuple dont il se revendique et qu’il veut défendre contre les immigrés, les européistes, la mondialisation, etc, etc… On tient entre les mains une sorte de bréviaire de la droite maurrassienne, figée dans le temps, mais dont on comprend en lisant Buisson, combien elle est enracinée dans notre culture politique. Que la gauche soit incapable de se repenser, de se régénérer, et alors les eaux les plus saumâtres de la droite reprennent leur cours et submergent le débat politique.

Raspoutine et Nicolas
Il reste quelques énigmes en suspens. Comment se fait-il que Nicolas Sarkozy n’ait rien vu, rien perçu de la malveillance potentielle de ce personnage ? Fallait-il qu’il soit subjugué par la culture et l’intelligence –réelles– de son conseiller pour manquer autant de discernement et accorder sa confiance et tant de place à l’ancien directeur de « Minute », qui prospérait entre égouts et cloaques. Il y a du Raspoutine caché derrière ce Buisson-là, mais rien d’impérial derrière ce Nicolas-ci.
La dernière question, c’est Buisson qui la pose. Constatant la dérive du président et de son quinquennat, il s’interroge : « pourquoi rester auprès de lui, ne pas partir sur la pointe de pieds ? » A cette question, étonnamment, il ne trouve pas de réponse. C’est curieux, parce que pour ma part j’en ai une. Certainement pour la griserie du pouvoir, mais aussi, disons le trivialement, pour… le pognon ! A l’heure qu’il est, Patrick Buisson est mis en examen, disons inculpé (de culpa, la faute) – parlons comme autrefois (!) – pour trafic d’influence et détournements de fonds publics et privés. Il s’agit de la fameuse affaire des sondages de l’Elysée. Pour ce qui est de la part de cet honnête homme, on parle tout de même de 1.500.000 €.
D’où il ressort que l’esprit de lucre est encore plus éternel que la France de Buisson…

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