La Troisieme Equipe. Souvenirs de l'Affaire Greenpeace
Edwy Plenel

POINTS

144 p.  5,90 €
ebook avec DRM 9,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

La troisième équipe et le quatrième pouvoir

En juillet 1985 démarrait l’affaire du Rainbow Warrior, ce bateau coulé dans le port d’Auckland par les services secrets français, parce que Greenpeace, (à qui il appartenait) s’opposait aux essais nucléaires français dans le Pacifique.
Trois décennies plus tard, Edwy Plenel qui, avec Bertrand Legendre du Monde et Georges Marion du Canard enchaîné, a révélé cette affaire, éprouve le besoin de raconter l’histoire de cette histoire pour éviter que d’autres s’en emparent et la transforment à leur guise.
Ce petit livre, est passionnant. On revit si bien l’enquête, les dépêches qui tombent, le travail des envoyés spéciaux, le recoupement des sources et le tâtonnement des journalistes balladés par des politiques sans vergogne, que l’on se demande si la vérité va enfin éclater. Plenel réussit le tour de force de nous tenir en haleine avec un scoop… vieux de trente ans ! Le bougre a du talent.
Mais l’intérêt de ce livre est aussi ailleurs. Celui qui a fondé Mediapart avec le succès que l’on connaît, se retourne sur la presse de ses débuts. Il se rappelle l’époque des papiers écrits à la main, le soin apporté à la rédaction des brèves, le temps nécessaire à la validation des articles, puis celui de la composition et enfin de l’impression qui donnait son tempo à l’information. Avec une rapidité qui le sidère, « une virgule dans l’histoire de l’humanité », l’information est devenue participative, délivrée en temps réel et à flot continu, accessible à tous et en tout lieu.
Dans ce monde nouveau, tout est différent, profondément différent. Pourtant insiste-t-il, ces bouleversements ne doivent pas remettre en cause la permanence du travail des journalistes. On pense à l’affaire Cahuzac et l’on se dit que finalement le rôle des sources qu’il faut protéger, le travail d’enquête, de recoupement, les balivernes des politiques, bref, tout cela n’a guère changé.

Quant aux conséquences politiques d’une affaire aussi grave, on s’interroge. Seraient-elles, aujourd’hui, différentes ? Rappelons que ce scandale avait durablement affaibli la position de la France dans le Pacifique, entaché son image et nui à sa crédibilité internationale. Que les plus hautes autorités de l’état, à commencer par François Mitterrand qui avait donné son aval à cette opération, ont menti effrontément.
Pourtant rien ne se passa.
Bien sûr Charles Hernu, le ministre de la défense, et l’Amiral Lacoste, le patron de la DGSE, durent démissionner. C’était bien le moins. Mais il n’y eut aucune commission d’enquête parlementaire et l’opposition au nom de l’intérêt supérieur de la nation, n’écoutant que son courage, choisit de se taire. Et François Mitterrand, trois ans plus tard, comme si de rien n’était, fut réélu président de la République.

Force est donc de constater que dans cette affaire, le 4e pouvoir rencontra ses limites.
Alors aujourd’hui, à l’époque de mediapart.fr, du monde.fr, du Canard enchaîné (point rien du tout) et de elysee.fr, qu’en serait-il ?
Étonnamment, Edwy Plenel ne pose pas la question. Est-ce pour ne pas avoir à y répondre ?

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