Une vie brève
Michèle Audin

Folio
folio
janvier 2016
192 p.  7,40 €
ebook avec DRM 6,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

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 Les internautes l'ont lu

Je viens d’achever la lecture du livre que Michèle Audin a consacré à son père, Maurice, jeune mathématicien torturé et assassiné par l’armée française parce que membre du Parti communiste algérien, il avait pris parti pour l’indépendance algérienne. En 1957. Il aura fallu attendre 60 ans pour que soit reconnue, par le Président de la République, la responsabilité de l’Etat français. Michèle Audin ne revient pas sur les faits bien traités par le livre que Pierre Vidal-Naquet avait consacré à l’Affaire Audin. Elle part à la recherche de ce que fut ce père qu’elle a si peu connu, à partir des traces que sa trop courte existence a laissées dans la mémoire des siens d’abord, de quelques photos, de lettres qui ne disent pas grand chose; elle le suit dans les lieux où il a vécu ; elle l’accompagne dans le milieu des mathématiciens, qu’elle connaît bien puisqu’elle est elle-même mathématicienne, milieu où ses débuts avaient été jugés prometteurs. Elle le fait avec une retenue, une pudeur, une délicatesse profondément émouvantes ; elle ne cède jamais à la facilité d’imaginer ce qu’elle ne peut démontrer, à l’exotisme de pacotille des cartes postales, pas plus qu’à la nostalgie d’une époque dont elle sait les tragédies, les haines farouches qui s’y sont affrontées.
Si elle ne s’apitoie jamais sur elle-même, ne rappelle qu’avec circonspection les crises de larmes qui secouaient la petite fille qu’elle était au moment de l’arrestation de son père, elle sait suggérer avec une économie de moyens remarquable le vide que cette mort, a creusé en elle, vide jamais comblé.
Le hasard a voulu que je regarde, ce matin, une vidéo, par ailleurs passionnante , tournée lors de la Fête de l’Humanité, pour le journal en ligne de Daniel Mermet. Il faisait remarquer, comme une vérité d’évidence, que les intellectuels français n’avaient pas brillé par leur courage lors de cette période. Dommage qu’il n’ait pas mentionné François Mauriac qui, dans son Bloc-notes du 2 décembre 1957, évoque la soutenance de thèse in absentia de Maurice à laquelle il a assisté :
« Derrière ces équations vertigineuses un jeune homme était étendu – mort ? vivant ? le saurons-nous jamais ? Il a été torturé, on a tiré sur lui : cela seul est sûr. (…) Un intellectuel, un intellectuel de gauche…Je songe avec quel mépris ces mots sont imprimés dans une certaine presse. Maurice Audin était l’un d’eux. Il appartenait à ce qui subsiste chez nous de plus noble, de plus pur. Qu’avez-vous fait de lui ? »
Il y a de ces rencontres qui en disent long et dont les échos se propagent jusqu’à nous.

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