Sapiens : Une brève histoire de l'humanité
Yuval Noah Harari

traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat
Albin Michel
septembre 2015
450 p.  24 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Sapiens, l’essai événement

Comment avons nous réussi à dominer la planète ? Pourquoi a t-on créé des états, des villes, des voitures ? A quoi ressemblera notre monde dans des milliers d’années ? Va-t on pouvoir se passer de la mort ? Un historien israélien de 38 ans, Yuval Noah Harari, qui vient de remporter le prix littéraire du Savoir et de la Recherche, a décidé de répondre à ces questions et des centaines d’autres dans un énorme essai historique, « Sapiens », qui, en quelques mois, est devenu un phénomène d’édition planétaire surprise. La recette ? Une érudition rare mêlée à une légèreté étonnante, le tout dans un style accessible à tous. Le professeur d’histoire, dont les cours en ligne attirent des milliers de passionnés, utilise ses immenses connaissances en biologie, en sociologie, en politique, économie et même en philosophie pour nous embarquer dans un voyage addictif. Des premières grottes des temps préhistoriques jusqu’à internet, on galope ainsi gaiement à travers des millions d’années, et plusieurs moments clés de l’histoire des hommes. Après la révolution cognitive il y a 70 000 ans, la révolution agricole et enfin la dernière révolution scientifique, nous voilà devenus les maîtres du monde, campant tout en haut de la chaine alimentaire. Y est-on plus heureux pour autant ? Exil, pauvreté, chômage restent le lot d’un grand nombre. L’auteur nous met en garde. De notre puissance, nous devons tirer parti pour le bien de notre planète au lieu de ravager l’écosystème et asservir les espèces inférieures. « Sapiens », best -seller mondial traduit en chinois, en anglais et maintenant en français, devrait être une lecture obligatoire au lycée et, rêvons un peu, pour tous les participants à la Cop 21 !

 

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« L’histoire est une chose que fort peu de gens ont faite pendant que tous les autres labouraient les champs et portaient les seaux d’eau. »

Il est intéressant de noter que le texte a une première fois été publié en 2011 en hébreu, copyrighté par l’auteur en 2012, traduit par ses soins (avec deux collaborateurs) en 2014 avant de l’être en français en 2015 (ainsi que dans une trentaine d’autres pays, énorme succès, recommandé par le club de lecture de Mark Zuckerberg). De fait, il se place en 2014 dans son évocation du présent (pas le plus intéressant). Initialement un cours d’introduction à l’histoire mondiale, c’est une histoire que nous raconte Yuval Noah Harari, et à ce titre cet essai se lit comme un roman, rythmé par de nombreuses anecdotes et autant d’analogies, souvent amusantes – ou provocantes (parfois aussi un petit peu ratées). Avec un grand sens de la vulgarisation, nous survolons allègrement 13,5 milliards d’années avant de poser les bases d’une extrapolation de l’avenir (« Homo Deus, Une brève histoire du futur » paraîtra à la fin du mois). Ca se lit vraiment très bien même si çà et là quelques répétitions ou thèmes chers à l’auteur un chouïa ressassés peuvent crisper quelque peu. On apprend évidemment des choses (et sur des sujets très divers) mais ce qui emporte essentiellement c’est la passion de l’auteur pour son sujet. L’humanité, rien de moins ! Il y en a des choses à dire… Pourquoi donc l’Homo sapiens est-il parvenu à s’imposer en maître sur la terre ? Selon l’auteur, c’est en raison de sa capacité à croire en la fiction.

« On conviendra sans trop de peine que seul l’Homo sapiens peut parler de choses qui n’existent pas vraiment et croire à six choses impossibles avant le petit-déjeuner. Jamais vous ne convaincrez un singe de vous donner sa banane en lui promettant qu’elle lui sera rendue au centuple au paradis des singes. »

Notre capacité à croire en des fictions communes, et partant, à collaborer (même – et surtout – entre inconnus) serait donc la clef de notre succès (autrement dit, notre prédilection pour les concepts abstraits), notre perte étant notre difficulté à anticiper à long terme. Ceci étant très grossièrement résumé, et à lire sur de nombreuses pages détaillées et marquantes. L’une des raisons du succès de cet essai, à mon sens, c’est que la personnalité – et les avis – de l’auteur transparaissent aisément à travers son texte, donnant autant de raisons de s’en énerver que d’y adhérer. En tout cas, ce n’est pas un livre tiède.

« La culture a tendance à prétendre qu’elle interdit uniquement ce qui est contre nature. Dans une perspective biologique, cependant, rien n’est contre nature. Tout ce qui est possible est aussi naturel, par définition. Un comportement réellement contre nature, qui va contre les lois de la nature, ne saurait tout simplement exister, en sorte qu’il ne nécessiterait aucune interdiction. Aucune culture ne s’est jamais donné la peine d’interdire aux hommes de photosynthétiser, aux femmes de courir plus vite que la vitesse de la lumière ou aux électrons négatifs d’être attirés l’un par l’autre. »

« L’évolution a fait de l’Homo sapiens, comme des autres mammifères sociaux, une créature xénophobe. Sapiens divise d’instinct l’humanité en deux : « Nous » et « Eux ». Nous, c’est vous et moi, qui partageons langue, religion et usages. Nous sommes responsables les uns des autres, mais pas d’eux. Nous avons toujours été différents d’eux, et nous ne leur devons rien. Nous ne voulons pas d’eux sur notre territoire, et nous nous fichons pas mal de ce qui se passe sur le leur. C’est à peine si ce sont des hommes. Dans la langue du peuple Dinka, au Soudan, « Dinka » signifie simplement « hommes ». Ceux qui ne sont pas Dinka ne sont pas des hommes. Les ennemis jurés des Dinka sont les Nuer. Et que veut dire le mot « Nuer » dans leur langue ? Les « hommes originels ». A des milliers de kilomètres des déserts soudanais, dans les terres prises sous les glaces de l’Alaska et du nord-est de la Sibérie, vivent les Yupiks. Et que signifie « Yupik » dans leur langue ? Les « vrais hommes ».»

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