L'homme aux deux visages: Jean Moulin, René Bousquet : itinéraires croisés
Alain Minc

Grasset
mai 2013
192 p.  17 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
on n'aurait pas dû

Une vacuité sidérante

Pour son livre annuel, Alain Minc s’est penché sur les destins de Jean Moulin et de René Bousquet. En 187 pages, l’auteur fait œuvre utile puisqu’il résume quelques bons livres dont : Jean Moulin : le politique et le résistant de Jean-Pierre Azéma et celui de Pascale Froment René Bousquet, largement plagié selon un jugement rendu en référé le 2 juillet 2013.

Mais, au-delà de l’histoire de ces deux hommes, Minc a l’ambition de répondre à cette question existentielle : comment devient-on un salaud, comment devient-on un héros ? Cette interrogation, qui hante la littérature depuis la tragédie grecque, ne vaut que par la qualité de la réponse. C’est bien là le problème.

Moulin est préfet à Chartres et le reste après l’entrée des Allemands jusqu’à sa révocation par Vichy. Minc pose la question : a-t-il pensé démissionner? « Nul ne le sait » (p.62) Et s’il n’avait pas été révoqué aurait-il suivi la pente d’un Bousquet ? « Nul n’a la réponse à ce jeu de questions iconoclastes.» (p.63) Mais progressons. Et si Bousquet avait été révoqué, serait-il parti à Londres ? « Nul ne peut répondre » (p. 79). Venons-en à la rafle du Vel d’hiv dont Bousquet fut l’organisateur. Il se défausse sur Darquier de Pellepoix, alors Commissaire Général aux questions juives. Minc s’interroge à nouveau, pourquoi cette attitude de Bousquet ? « Nul ne le sait » (P. 98 ). Plus loin encore l’auteur se demande comment Bousquet peut s’abstraire de toute culpabilité sur le devenir d’une famille juive déportée, « Hypocrisie absolue ? Demi-crédulité ? Indifférence Cynique ? Comment savoir… » (p.113)  Enfin, mais nous ne sommes plus sur le terrain de la question initiale, Minc se demande pourquoi Bousquet soutient Mitterrand lors de la présidentielle de 1965. La réponse, percutante et définitive, ne tarde pas : « Nul ne le sait »( p. 173)

On l’aura compris, ce livre est d’une vacuité sidérante.
Dommage que l’éditeur ne s’en soit pas rendu compte plus tôt,  lui qui imprime à la fin du livre cette jolie formule -sans conteste, le meilleur passage de l’ouvrage- «Grasset s’engage pour l’environnement en réduisant l’empreinte carbone de ses livres. » Pour ce qui est de l’empreinte carbone, le plus efficace eut encore été de ne pas l’imprimer.

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