Basse naissance
Kerry Hudson

traduit de l'anglais par Florence Lévy-Paoloni
Philippe Rey
roman etranger
janvier 2020
285 p.  20 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Résilience

Le récit s’intitule « Basse naissance ». Et s’il existait un terme désignant quelque chose d’encore plus bas que bas, alors il faudrait l’employer pour expliquer d’où vient Kerry Hudson. Heureusement cependant, ce récit n’est pas qu’une longue descente aux enfers, mais il raconte aussi combien l’existence peut se révéler surprenante, et gratifiante, de quelle manière l’écriture sauve parfois la vie.

Les lecteurs français connaissent Kerry Hudson depuis 2015, année où elle a remporté le prix Femina étranger pour « La couleur de l’eau ». Aujourd’hui, elle laisse de côté la fiction pour se consacrer au récit de son enfance et de son adolescence, auxquelles elle a miraculeusement survécu. Sa mère est toute jeune lorsqu’elle tombe enceinte. Elle hésite à avorter, décide finalement de garder le bébé, mais se montrera totalement incapable de s’en occuper, confiant Kerry à intervalles réguliers aux services sociaux. A l’adolescence, la jeune fille est livrée à elle même : drogue, sexe, peu de rock’n roll, mais beaucoup d’alcool… Elle traverse ces années sur un fil. Elle aurait pu tomber mille fois, et pourtant, il y a en elle quelque chose, la force de vivre peut-être tout simplement, qui la maintient en équilibre. Instable certes, mais équilibre quand même. Aujourd’hui devenue écrivain, Kate a besoin de revivre ces années tumultueuses pour pouvoir continuer à avancer dans son existence, écrire, envisager peut-être d’avoir un bébé. Alors elle embarque, comme on part en voyage, pour les lieux de son passé, essaye de comprendre ce qu’elle a vécu, de le resituer dans un contexte montrat qu’il était difficile pour tout le monde de s’en sortir. Elle est brouillée avec sa mère, et pourtant elle ne l’accable pas. C’est un texte dur, parfois difficile à lire tant ce qu’elle décrit est insupportable. Mais il en fallait du courage pour avancer sur ces terrains minés. A la fin, elle s’adresse à son mari, Peter, avec un message d’espoir : « J’ai survécu, comme beaucoup d’entre nous. Et regarde, je t’ai toi, j’ai un peu de famille et mon travail. Je me sens complète. Avec des racines et une histoire. Une personne à part entière. Une partie de moi est réellement fière d’appartenir à toute cette force et d’être là après tout ce qui s’est passé. Non seulement d’être là, mais d’être heureuse. »

 

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