Les moissons funèbres
Jesmyn Ward

traduit de l'anglais par Frédérique Pressmann
GLOBE
globe
septembre 2016
256 p.  22 €
ebook avec DRM 15,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Ecrire et vivre

En quatre ans, entre 2000 et 2004, Jesmyn Ward a perdu cinq de ses proches dont le plus âgé avait 31 ans : son frère et quatre amis de toujours, des garçons avec lesquels elle avait grandi, joué, fumé, bu, vécu. Manque de chance, hasard malheureux, malédiction divine ? Pas du tout. Car si ces morts furent toutes brutales, spectaculaires même, elles ressemblaient surtout à des morts annoncées, tant grandir dans la région du Mississipi, lorsque l’on est noir et pauvre laisse très très peu de chance de s’en sortir indemne.

L’écriture comme moyen de survie

L’un de ces garçons est décédé d’une overdose, un autre s’est suicidé, deux ont été tués dans des accidents de voiture, sans que les responsables ne soient punis à la hauteur de leur crime, et le dernier enfin a été tué par balle. Jesmyn Ward qui a grandi dans cet environnement, a égalelement failli sombrer, assommée par ces drames et par leur aspect inéluctable. Elle a beaucoup bu, s’est droguée et puis, peut-être parce qu’elle avait une mère exceptionnelle qui travaillait jour et nuit pour que ses enfants mènent une autre vie que la sienne, et aussi probablement parce qu’elle avait ce don pour l’écriture et donc un moyen d’exprimer sa difficulté de vivre, elle a survécu, et même mieux que ça.

Un récit autobiographique

Après deux romans d’inspiration autobiographique, dont un, « Bois sauvage », a remporté le National Book Award, Jesmyn s’est lancée dans ce récit, qui raconte son histoire, et celle des siens qui ont perdu tout espoir d’un avenir meilleur pour eux ou leurs enfants. Un livre qui évoque un pays, une époque, des vies brisées, mais est surtout une œuvre littéraire, « la chose la plus difficile jamais entreprise », écrit-elle dans son introduction. Délaissant l’ordre chronologique, elle construit à travers ces pages, des tombeaux pour ces jeunes oubliés de la société et qui, dès leur naissance, avaient tiré les mauvaises cartes.

 

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