Un poisson sur la lune
David Vann

traduit de l'anglais par Laura Derajinski
gallmeister
americana
février 2019
285 p.  22,20 €
ebook avec DRM 15,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

partagez cette critique
partage par email
coup de coeur

Mon père, ce naufragé

« Sukkwan Island », premier roman inoubliable de David Vann publié en 2010, était déjà inspiré du suicide de son père en 1980. A nouveau, dans « Un poisson sur la lune », largement autobiographique, l’auteur revient sur ce traumatisme qui inspire son œuvre entière, au plus près de la conscience paternelle avant son passage à l’acte.

Un père à sauver

Parce qu’il ne peut pas rester seul en Alaska où il vit, Jim Vann, trente-neuf ans, revient en Californie où son psychiatre le confie à son frère cadet Doug, à défaut de le faire hospitaliser. Ce dernier est chargé de veiller sur son aîné dépressif, bipolaire et suicidaire. Tâche qui se révèle impossible, Jim ne se séparant jamais de son revolver et clamant à l’envi son projet morbide. Mise en garde désespérée ou appel à l’aide, les membres de sa famille accueillent l’attitude de Jim tantôt avec patience, tantôt avec exaspération, colère ou angoisse, et chaque visite à son ex-femme, à ses enfants, à ses parents, ressemble à un dernier adieu. Rien ne parvient à détourner Jim de ses obsessions, le sexe et les armes partout à portée de main, lui-même ayant transmis la passion de la chasse à son fils de treize ans.

« Juste nos vies à tous »

Même si l’issue funeste est inéluctable, le lecteur est bouleversé par la douleur et le désespoir de cet homme à terre. Déterminisme familial, maladie mentale, délire de persécution, Jim essaie de trouver un sens à sa pulsion de mort, à défaut d’un sens à sa vie. Le geste fatal est repoussé sans cesse afin de mettre en lumière la vérité des êtres qui composent sa famille et qui se révèle lors de tête-à-tête poignants, même si cette ultime tentative de rapprochement est vouée à l’échec. Cette chronique d’une mort annoncée est aussi une plongée dans l’infinie souffrance psychologique, une dénonciation du manque de prise en charge médicale et de la mission insupportable assignée à l’entourage : garder un fils, un frère, un père en vie, sans oublier la révolte de l’auteur contre le culte des armes et la violence dont il a aussi été victime.

partagez cette critique
partage par email

je joue !

jusqu'au 31 mai 2019

retour à la page d'accueil