Des amies pour la vie
Claire Mazard

Seuil jeunesse
août 2013
231 p.
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Entre l’amour et l’amitié

On a lu plus d’un récit sur l’amitié à l’adolescence. Tous ne se valent pas, beaucoup ayant la fâcheuse tendance à basculer dans la naïveté, voire la niaiserie. Les romans de Claire Mazard donnent le change et se démarquent, à contre-pied des préjugés. Difficile de dire ce qui bouleverse, de mettre des mots sur le manque, de laisser libre cours à la souffrance. Avec « Des amies pour la vie », récit autobiographique, Claire Mazard aborde l’amitié sans banalité.

Il y a deux récits dans ce volume*, deux témoignages d’une même héroïne : Claire, 16 ans. La jeune fille rêve de devenir écrivain et son journal intime devient bientôt son seul exutoire. En classe de seconde, puis de première, animée d’une sourde colère contre ses parents, elle noircit quotidiennement les pages de son cahier. Elle se lie d’abord avec Isabelle, aussi boute-en-train qu’elle est timide, partageant avec elle sa passion dévorante pour la littérature. Les livres, le goût des voyages, la gourmandise les rapprochent. La folie d’Isabelle la gagne peu à peu. On la découvre moins hésitante, plus impatiente même, dans le deuxième récit, comme si elle avait un peu grandi. En vacances à Perpignan, chez ses grands-parents surnommés tendrement « Mouna » et « Poupa », elle s’échappe avec Hélène pour de longues promenades dans les vignes et des baignades nocturnes.

Claire Mazard avait déjà écrit sur l’inceste* ou la maltraitance. Ici, elle aborde le thème de la séparation en toute quiétude. Et puis, c’est aussi un peu son histoire, ses personnages faisant partie intégrante de sa vie. Elle ne ménage pas le jeune lecteur : le premier récit laisse planer le doute, et l’on se demande constamment l’origine de la séparation de Claire et d’Isabelle. Dans le deuxième, l’auteure met le doigt sur un thème sensible, d’autant plus délicat que l’histoire commence en 1975. En retrouvant son journal et les lettres brûlantes de son amie d’enfance, Claire prend conscience de sa lâcheté, de son aveuglement, mais surtout de son affection pour celle qu’elle n’a pas vu depuis vingt-huit ans. Jamais dérangeante, l’amitié entre Claire et Hélène, que l’on pourrait tout aussi bien appeler amour, rappelle la passion des premiers émois. Plus qu’un enfantillage ou qu’un vulgaire caprice, elle révèle surtout un excessif attachement, bien courant à cet âge. Sur le ton de la confidence, Claire Mazard décrit avec une très grande liberté, l’attirance physique et psychologique d’une jeune fille pour une autre, et nous fait réaliser qu’une rupture amicale peut être aussi violente qu’un chagrin d’amour. En peu de mots, elle s’applique à fuir le puéril et la maladresse. On ne peut que saluer cet effort.

*1 Des amies pour la vie, Le Seuil Jeunesse, est la réédition de deux titres publiés en 2004 aux éditions De La Martinière dans la collection « Confessions » : « On s’était dit pour la vie » et « Avec toi, Claire, j’aurais aimé la vie ».

*2 Avec « Lola » par exemple (collection Castor Poche (Flammarion), publié en janvier 2000

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