Et les lumières dansaient dans le ciel
Eric Pessan

L'Ecole des Loisirs
medium poche
février 2014
136 p.  8,50 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Rendez-vous avec les étoiles

Sur son vélo, couvert de pied en cap, Elliot pédale de toutes ses forces, bravant le froid mordant. Il est dix heures du soir. Le jeune collégien s’engouffre dans un train. Défiant la loi maternelle, il a préparé soigneusement son expédition: muni de sa lunette astronomique, il dispose d’une nuit entière pour observer le ciel improbable. L’immensité l’appelle. Allongé dans les vignes, il est seul, pour quelques heures. Ensuite, il faudra faire le chemin en sens inverse, reprendre le train, détacher son vélo, se recoucher dans son lit, crevé, transi de froid… mais heureux. Et le seul moyen d’y parvenir est la fugue, nuit après nuit. Autrefois, il partageait sa passion pour l’astronomie avec son père. Mais ça, c’était avant les disputes, avant la guerre. Avant l’avocat et le tribunal. Aujourd’hui, son père a déserté la maison. Elliot vit seul avec sa mère, et ne partage plus rien. Au moins, enroulé dans une couverture, diablement petit contemplant l’infini, il est à l’abri du conflit que se livrent ses parents. À l’abri de sa mère, abrutie de somnifères. À l’abri de sa vie. « Là-haut, loin des guerres que se livrent les couples lorsqu’ils ne savent plus retrouver l’amour, les étoiles pulsent, vibrent, tremblent, et vivent leur vie d’étoile, indifférentes aux cris qui nous déchirent le cœur. » Mais une nuit, Elliot assiste à un phénomène étrange : des lumières orangées, puis vertes, fendent le ciel. Ces lueurs diffuses descendent et soudain disparaissent. L’instant magique dure quelques secondes. Dès lors, l’inexplicable s’invite au quotidien.
En se glissant dans la peau d’un jeune passionné et solitaire, Eric Pessan nous interroge sur la place de l’adolescent dans une famille écorchée, quand la communication se rompt et que les gestes d’amour font place au silence écrasant. Impuissant, il assiste à l’affrontement parental et à l’effondrement du bonheur familial, réduit en cendres. Mais il n’est pas ce garçon rebelle et vindicatif auquel on pourrait s’attendre. L’auteur nous surprend en habitant un héros discret, presque timide, mais lucide et terriblement attachant. C’est en frôlant l’infiniment grand qu’Elliott se retrouve, alors qu’il ne parvient plus à trouver sa place dans le monde qui l’entoure. Mais jamais il n’élève la voix, jamais il ne veut déranger. Il vit sa passion, en douce, désarmé face à la réalité devenue trop douloureuse. Avec justesse, Eric Pessan nous livre ici le récit poétique d’une passionnante émancipation.

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