Là où naissent les nuages
Annelise Heurtier

Casterman
avril 2014
199 p.  12 €
ebook avec DRM 9,99 €
 
 
 
 Les internautes l'ont lu

Un roman d’apprentissage

Elle sait bien, Amélia, que sa vie en ferait rêver plus d’un. Seize ans, fille unique, des parents aimants, aisés – l’un est chirurgien, l’autre est juge aux affaires familiales – , des vacances paradisiaques, un accès à la culture, un joli appartement dans un beau quartier parisien… Pourtant, ce nid douillet, ce père et cette mère si parfaits, si attentionnés, si beaux, si intelligents encombrent son existence. Elle ne parvient pas à s’imposer, à trouver sa place, se trouvant bien médiocre face à eux. La jeune fille pose un regard dur sur elle. Car elle souffre de la comparaison. Alors, Amélia mange… pour se remplir, pour occuper l’espace… Elle a tout pour être heureuse et elle est si triste. Elle se sent si vide à l’intérieur.
L’arrivée d’une lettre va changer sa vie à jamais. La missive vient d’un pays lointain, la Mongolie. On propose à sa mère une mission humanitaire cet été à Oulan-Bator, endroit qu’elle connait bien pour s’y être rendue des années auparavant. Trop prise par son travail à Paris, son mari pense y aller avec Amélia.
Si l’idée de partir en Mongolie ne l’enchante guère, une petite voix lui souffle de tenter l’expérience… et quand son père lui annonce que finalement elle devra y aller seule, le projet commence à prendre de l’importance à ses yeux. Au moins, il se passe quelque chose dans sa vie. L’aventure se profile.
Amélia découvre avec stupeur un univers à mille lieux du sien : les jeunes enfants livrés à eux-même dans les rues, la misère, la violence, les maladies… Sans ménagement, les autres bénévoles de l’association plongent la jeune fille dans un monde d’une férocité implacable.
Déstabilisée et déroutée les premiers jours, Amélia va grandir au contact de ses enfants des rues et de leurs conditions de vie. Les gâteaux et autres friandises ne lui font plus du tout envie, elle se remplit désormais de la générosité et du courage des enfants et des membres de l’association. Amélia se sent enfin utile. Ses parents ne sont pas là. Elle ne peut compter que sur elle. Prendre des décisions. Juger le bien et le mal. Aiguiser son regard sur le monde. Prendre de la distance.
Elle rentrera à Paris avec l’image à jamais gravée dans son esprit du sourire de Mukshuk, petit garçon qui, elle le sait, sera heureux dans sa nouvelle famille, loin de la violence urbaine, dans ce petit coin à l’écart du monde où, parait-il, naissent les nuages, et où elle-même y aurait une attache…
Un roman d’une jolie sensibilité qui, à aucun moment ne dissimule une réalité âpre. Amélia est un personnage tout à fait crédible avec ses doutes et ses peines, qui sera surprise par sa témérité et sa volonté. En regardant les autres vivre, en les soutenant, en les aimant, elle apprendra à se connaître et à s’apprécier, enfin. Une histoire poignante, tendre et délicate.
Retrouver Nadael sur son blog

partagez cette critique
partage par email