Trois garçons
Jessica Schiefer

Thierry Magnier
août 2019
251 p.  16 €
ebook avec DRM 11,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Difficile d’être une fille ?

Kim, Bella et Momo ont quatorze ans. Elles passent tout leur temps libre ensemble, presque exclusivement au cœur de la serre de Bella, pour éviter de grandir. Devenir adulte les angoisse, mais ce qui les met mal à l’aise, ce sont surtout les réflexions des garçons sur leur physique. Soudées à l’extrême, elles n’hésitent pas à se rebeller et à se défendre, pour ensuite se réconforter. Un jour, alors que Bella se fait agresser par une bande de garçons sur le terrain de sport de l’école, les trois adolescentes sentent bien que cela ne suffit plus. Une soirée déguisée leur permet de quitter pour un moment leurs corps de femmes en devenir, qui attirent les ennuis, les faisant atrocement souffrir : cette nuit-là, dans la serre, Kim, la narratrice, est un tigre, Momo un colon, Bella un gorille. À l’image d’une cérémonie initiatique, elles boivent le nectar d’une étrange fleur reçue par inadvertance quelques semaines plus tôt, et les trois filles se métamorphosent en trois garçons.

La première nuit est euphorique : elles ressentent une puissance inconnue jusqu’alors, poussent leurs corps devenus masculins au-delà des limites. Ce n’est que lorsqu’elles s’endorment que la magie s’évapore. Elles accueillent le jour comme un mauvais souvenir, reflet saboté de leur passé douloureux. Cette expérience inédite, qu’elles se sont jurées de garder secrète, leur fournit le courage nécessaire pour passer du temps avec d’autres garçons : elles se sentent enfin écoutées, comprises, reconnues. C’est Kim qui s’aventure encore plus loin dans ce qui est devenu un jeu : elle rencontre Tony, un adolescent aussi mystérieux que dangereux. Prête à tout pour qu’il la considère comme son égal, la narratrice se surpasse, dépendante de l’effet grisant des risques qu’elle prend chaque nuit pour le satisfaire.

« Trois garçons » est protéiforme : il emprunte des éléments au récit d’apprentissage, tout en envoûtant le lecteur, plongé dans une atmosphère onirique ; il prend aussi des airs de thriller, évoque aussi bien la difficulté de grandir et de se mouvoir dans un corps d’adolescent, que de la quête de l’identité, un thème récurent mais abordé ici de manière singulière et même étonnante. Dans cet univers fantastique, les parents sont quasiment absents, et les règles sont établies par les filles, qui cherchent au plus profond d’elles qui elles sont réellement. « J’ai une histoire à raconter (…) : elle est pour celui qui veut voir, qui ose mettre une loupe devant ses yeux et regarder le merveilleux ».

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jusqu'au 22 septembre 2019

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