Ce n'est pas l'histoire
Michaël Escoffier

Editions Frimousse
janvier 2016
32 p.  13 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Lire entre les lignes…

L’important, dans cette histoire, n’est pas ce que l’on raconte… Mais bien ce que l’on ne racontera pas : et les points de suspension jouent un grand rôle dans cet album drôle et tendre, dédié aux enfants de trois à six ans. Ce n’est donc pas « l’histoire d’un éléphant qui vivait dans une boîte d’allumettes », « d’un lapin déguisé en chasseur », « d’une souris qui collectionnait les dents », ou encore « d’un mille-pattes qui voulait faire du vélo ». Michael Escoffier nous entraîne dans un univers insolite, sur les pas d’un petit poussin jaune, qui vit des aventures passionnantes : seul au monde, il rencontre d’autres animaux, bien différents de lui, et nous le devinons donc égaré dans les « histoires » des autres… mais dont l’auteur ne nous racontera rien. On s’égare, on s’interroge… mais c’est bien dans cette voie sans issue que veut nous mener, avec force et humour, l’auteur.

Et si la couverture fantaisiste étonne au premier abord, c’est sans compter les illustrations colorées, au style décalé, remplies de détails incongrus, qui amènent l’enfant à observer très attentivement les dessins et à rechercher les détails : à droite, chaque rencontre entre le poussin et un animal est représentée par une couverture de livre fictive. Au fil des pages, le questionnement grandit : pourquoi ce poussin est-il tout seul (et il est d’ailleurs, souvent caché dans la page) ? Quelle histoire veut-on finalement nous raconter ? Pour le tout jeune lecteur, l’album est ludique et facile à lire : peu de texte, souvent dissimulé dans le dessin, et chaque double page correspond à une aventure singulière du petit poussin. L’album encourage aussi l’inventivité : aux enfants d’imaginer à leur tour des histoires saugrenues : « l’histoire du singe allergique aux cacahuètes, du loup qui fait du tricot… », qui font d’ailleurs penser aux histoires drôles de notre enfance intitulées « Quel est le comble pour… ? ». Les situations paradoxales font réfléchir sur les peurs, notamment celle d’être abandonné. On peut même pousser plus loin la réflexion, en s’interrogeant sur notre propre caractère, notre tendance à repousser les choses qui nous semblent contraires à notre nature, et sur notre tolérance, notre ouverture à l’autre.

 

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