Où est partie Nina ?
Jens Christian Grøndahl

traduit du danois par Alain Gnaedig
Gallimard Jeunesse
juin 2014
128 p.  8,50 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Nina cherche Nina

Nina, 8 ans, vit avec ses parents et sa grand-mère à Copenhague, au Danemark. Comme tous les enfants, une foule de questions la tourmentent, questions auxquelles les adultes ne répondent pas toujours… « Quand est-ce que tu vas mourir ? » demande-t-elle un jour à sa grand-mère, qui s’efforce de lui répondre et de l’aider à grandir. Elle est sa confidente, l’adulte qui l’écoute et la réconforte. Souvent, le soir après l’école, Nina se réfugie chez elle. C’est dans son salon, blottie contre son cou qui sent bon « le romarin et les pastilles pour la toux », que Nina écoute le tic-tac de l’horloge et qu’elle prend conscience du temps qui passe. Un jour, sa grand-mère retrouve dans un tiroir une ancienne photographie. Une photographie jaunie, une photographie d’école, de classe, où l’on distingue la main d’une petite fille posée sur le genou d’une autre : celle de sa grand-mère Gladys, avec sa meilleure amie d’enfance, Nina. Deux amies que la guerre a séparées, puisque Nina a dû fuir le Danemark avec ses parents, pour l’Amérique. Gladys ne l’a malheureusement jamais revue. Elles ont grandi, chacune de leur côté, et ont vieilli, inéluctablement. La Nina d’aujourd’hui, aime beaucoup cette histoire d’amitié, et ne comprend pas pourquoi les deux amies se sont perdues de vue. Elle tient à sa grand-mère plus que tout, et se passionne pour ses histoires. Alors, lorsque celle-ci fait une mauvaise chute, et que les parents de Nina décident de la placer en maison de retraite, Nina n’hésite pas un instant: elle décide de fuir avec elle. Les deux complices descendent par l’escalier de secours de l’immeuble, qui n’est autre que « l’escalier du temps », celui par lequel le voyage commence. Nina retrouvera-t-elle l’autre Nina, celle du passé ?

Après « Quatre jours en mars » et « Les Complémentaires », le célèbre auteur danois s’adresse aux enfants. Il les prend au sérieux, avec naturel et sans concession. Sur fond de contexte historique – la seconde guerre mondiale au Danemark, et l’occupation allemande à Copenhague-, il offre un récit émouvant et tendre, en se glissant dans la peau d’une toute jeune héroïne intelligente, réfléchie, attachante. Et son histoire dépasse largement le simple cadre narratif: il tente aussi d’expliquer aux jeunes enfants une période sombre de l’histoire, où les juifs étaient poursuivis, persécutés, et où il fallait sans cesse se cacher ou se protéger des bombes. Sans jamais tomber dans le dramatique, il se contente d’initier, de faire découvrir, de susciter l’intérêt. Les sens en éveil, on est littéralement happé par la lecture : on dévore ce roman pour satisfaire notre furieuse envie de connaître la fin.

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