On y va Papa !
Praline Gay-Para, Rémi Saillard

Didier Jeunesse
les p'tits didi
janvier 2019
32 p.  5 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Patience, patience !

Jo Junior vit avec son papa dans une maison au bord de la rivière. Nul besoin de texte pour comprendre que ces deux-là s’entendent à merveille, mènent une existence heureuse. On les sent complices : sur la première illustration, Jo Junior part en courant, son bateau à la main, pour jouer près de l’eau, tandis que son père revient les bras chargés de courses. Dans la première partie du récit, les deux personnages ne cessent d’ailleurs de se regarder du coin de l’œil, en se souriant avec bienveillance. Pourtant, le conflit semble sous-jacent : un matin, son papa le réveille en fanfare pour lui annoncer qu’il l’emmène pêcher. Ni une ni deux, Jo Junior, ravi, s’habille, se peigne, se chausse. Il est prêt ! Contrairement à son père qui lui demande, paradoxalement d’attendre. Il lui faut d’abord patienter pour prendre le petit-déjeuner, puis faire la vaisselle, nettoyer la maison, préparer le repas de midi… Il le suit d’abord à la trace, puis finit par s’essouffler : il faut toujours patienter ! Alors en attendant, le petit garçon se met à bouder. Il observe une cacahuète.

Il voudrait disparaître. Et c’est ce qui arrive. Il disparaît à l’intérieur de la cacahuète…

Si le héros semble impatient de nature, le lecteur condamne sans doute la propension du père à retarder le moment important pour l’enfant : difficile de reporter l’activité promise tout au long de la journée sans le blesser réellement… C’est ainsi que Jo Junior disparaît à l’intérieur de la cacahuète, qui se retire elle-même contre son gré, dans le ventre d’une poule, avide de la dévorer. Et ainsi de suite… Poule, renard, loup, jusqu’au poisson-chat, nageant justement dans la rivière qui borde la maison des deux héros.

Mais dans cet album, l’on n’accable pas l’adulte, pas plus qu’on ne culpabilise l’enfant empressé. Ici, c’est le côté irréel qui prime : l’histoire va bien plus loin que la leçon de morale, puisque l’auteure nous entraîne au cœur d’une création fantasque, inspirée d’un conte d’origine congolaise. Les dialogues, teintés d’humour, à oraliser en famille et les illustrations aux couleurs vives, chatoyantes, qui laissent de la place au texte parfois poétique, participent à établir une atmosphère favorable à une sincère réconciliation.

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