Avant que les ombres s'effacent
Louis-philippe Dalembert

Points
litterature
mars 2017
288 p.  7,50 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Terres d’accueil

Partant d’un sujet tragique s’il en est, la Shoah, l’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert anime son roman d’une force incroyablement optimiste, renouvelant le récit d’exil et découvrant un pan méconnu de l’histoire de son pays natal, l’un des premiers, par un décret-loi de 1939, à avoir octroyé la naturalisation immédiate aux Juifs qui le souhaitaient.

Juifs errants

Le docteur Ruben Schwarzberg vit en Haïti depuis 1939. Soixante-dix ans plus tard, il raconte son arrivé dans ce pays, après avoir été pourchassé par l’antisémitisme européen. Originaire de Lödz, en Pologne, la famille Schwarzberg est contrainte par la Grande Guerre d’émigrer à Berlin en 1918, où elle trouve provisoirement la paix, installe un atelier de fourrure prospère et mène une vie bourgeoise et soudée dans un immeuble de Charlottenburg. Salomé et son frère Ruben grandissent dans les Années folles entre l’école publique et la cuisine juive de leur grand-mère. Après un parcours brillant, le garçon commence son internat de médecine, mais avec la nomination d’Hitler, les discriminations deviennent insoutenables, jusqu’à la Nuit de Cristal, en novembre 1938, où Ruben et son père échappent de peu à une rafle. Mais la famille éclate à cause des exils forcés entre les Etats-Unis et la Palestine, tandis que Ruben et son oncle se voient refuser leur demande d’entrée en Amérique. Commence alors un périple cauchemardesque de Buchenwald à Port-au-Prince, en passant par Paris.

Solidarités et résistances

Malgré les déchirements de l’histoire, il ressort de ce livre un sentiment d’humanité très fort, dû au réseau d’entraide tissé autour de la tribu Schwarzberg. Le compagnon du camp de concentration, le professeur de médecine berlinois, ou la poétesse féministe haïtienne Ida Faubert, résistants ou simples frères humains, tous participent au sauvetage du jeune médecin, que les tribulations mèneront en Haïti, la terre du refuge. Des personnages attachants, des atmosphères peintes avec talent, un romanesque relevé par une langue chatoyante et une légèreté de ton, il n’en fallait pas plus pour nous séduire !

partagez cette critique
partage par email

je joue !

jusqu'au 22 septembre 2019

retour à la page d'accueil

 Les internautes l'ont lu

J’ignorais totalement que le gouvernement haïtien avait en 1939 déclaré la guerre à l’Allemagne et que cette petite île était devenue Terre d’Accueil pour de nombreux juifs ayant fui le nazisme.

C’est cette page de l’Histoire que ce très beau roman nous fait découvrir à travers le destin du Dr Ruben Schwarzberg, né en 1913 dans une famille juive polonaise. Ses parents émigrent une première fois à Berlin où ils résideront pendant près de 20 ans.

C’est dans la prestigieuse université de médecine berlinoise que le jeune Ruben obtiendra ses diplômes de médecin. En 1939, la famille pour fuir les lois répressives mises en place s’éparpille : une tante part en Palestine afin de participer à la création de l’Etat d’Israël, les parents et grand-parents s’installent à New York. Ruben n’a pas obtenu le visa américain.

Il sera interné un temps à Buchenwald avec son oncle. Il lui faudra encore vivre de nombreuses péripéties avant de pouvoir s’installer à Haïti. Il ne quittera plus l’île jusqu’à sa mort.

Nous avons d’Haïti une image de pauvreté, de corruption, de vaudou. Ce roman réhabilite pleinement l’île et ses habitants : « Et puis pour les Haïtiens aussi. Pour qu’ils sachent, en dépit du manque matériel dont ils avaient de tout temps subi les préjudices, du mépris trop souvent rencontré dans leur propre errance, qu’ils restent un grand peuple. Pas seulement pour avoir réalisé la plus importante révolution du XXème siècle, mais aussi pour avoir contribué, au cours de leur histoire, à améliorer la condition humaine. Ils n’ont jamais été pauvres en générosité à l’égard des autres peuples, le sien en particulier. Et cela, personne ne peut le leur enlever. »

partagez cette critique
partage par email
 
coup de coeur

Une belle leçon de vie…

Ah ! Voilà qui commence bien, très bien même, d’abord parce que c’est les vacances et qu’il était temps, grand temps, et puis parce que je viens d’achever un roman, un vrai coup de coeur : Avant que les ombres s’effacent de Louis-Philippe Dalembert.
C’est l’histoire du docteur Ruben Schwarzberg dont on suit l’incroyable parcours, de sa naissance, en 1913, à Lödz en Pologne, sa jeunesse et ses études à Berlin jusqu’à la terrible nuit de Cristal du 9 au 10 novembre 1938, sa découverte du Paris de 1930 et sa vieillesse à Port-au-Prince où il est devenu un médecin réputé. Cet homme originaire d’une famille juive polonaise sera victime du nazisme : avec sa famille, il devra fuir, prendre la route encore et encore afin de trouver un refuge, une terre d’accueil, une seconde patrie.
Nous le suivons à travers ses pérégrinations et si nous ne savions que tout ce qui est raconté a bien existé, nous trouverions tout cela très très romanesque ! En effet, l’on découvre des épisodes incroyables de l’Histoire, notamment, j’en cite un, celui du Saint-Louis, transatlantique allemand sur lequel embarquèrent à Hambourg le 13 mars 1939 plus de neuf cents juifs allemands possédant un visa et à qui Cuba, les États-Unis et le Canada refusèrent l’hospitalité. Obligé de faire demi-tour et donc de repartir vers l’Allemagne au risque de livrer les passagers aux nazis, le commandant Gustav Schroeder, après avoir immobilisé le bateau près des côtes anglaises, menaça d’y mettre le feu afin que soient enfin accueillis les passagers. Cela heurta l’opinion publique et plusieurs pays européens (Pays-Bas, Belgique, GB et France) acceptèrent de recueillir les familles qui se trouvaient depuis 44 jours à bord ! Quand je vous dis que l’Histoire a toujours beaucoup d’imagination !
Donc, disais-je, en écoutant le récit de Ruben Schwarzberg, on découvre aussi (pour ma part, je ne le savais pas!) que l’état haïtien, après avoir voté en 1939 un décret-loi autorisant ses consulats à délivrer des passeports à tous les juifs qui le demanderaient afin qu’ils puissent trouver en Haïti une terre d’accueil, déclare la guerre à l’Allemagne du IIIe Reich, à l’Italie et au Japon le 12 décembre 1941. « Premier pays de l’Histoire contemporaine à avoir aboli les armes à la main l’esclavage sur son sol, le tout jeune état avait décidé lors, pour en finir une bonne fois avec la notion ridicule de race, que les êtres humains étaient tous des nègres, foutre ! Article gravé à la baïonnette au numéro 14 de la Constitution. »
Le docteur Ruben Schwarzberg a 95 ans et, au lendemain du séisme qui a meurtri Haïti en 2010, il se trouve avec sa petite-nièce Deborah qui est venue d’Israël porter secours aux Haïtiens. Assis sur la terrasse, il lui raconte son histoire qu’il n’a jamais racontée à personne, même pas à ses enfants. Il lui dit ce qu’il a vécu tout au long de ce XXe siècle, avant qu’il ne soit trop tard, « avant que les ombres s’effacent ».
Ce roman est à la fois l’histoire d’une saga familiale sur quatre générations et le récit d’un destin, celui d’un homme meurtri par l’Histoire et qui échappa au pire grâce à des rencontres extraordinaires. Les portraits hauts en couleur des membres de sa famille ou des personnages dont il fait la connaissance sont absolument fabuleux. Par ailleurs, l’humour et l’autodérision omniprésents dans le texte ouvrent la voie au sourire, au rire même parfois et offrent toujours une lueur d’espoir, une lumière de réconfort même quand ce sont des événements terribles qui sont narrés. « Tendre », « généreux », « plein d’humanité, de vie, d’amour » sont les mots qui me viennent à l’esprit pour parler de ce roman dont la langue très sensuelle et poétique est un pur bonheur.
Je vous recommande très chaudement ce roman magnifique qui donne une bien belle leçon de vie !

Lireaulit : http://lireaulit.blogspot.fr/

partagez cette critique
partage par email
 
coup de coeur

HAÏTI , LE SALUT

Que sait-on du passé d’Haïti ? Que ce pays a été l’un des premières républiques indépendantes des Caraïbes, qu’elle a vaincu l’armée napoléonienne par le génie de Toussaint-Louverture .Le roman de Louis-Philippe Dalembert, auteur haïtien, nous apprend également que cette île constitua un refuge pour les Juifs persécutés ; l’Etat haïtien vota en 1939 un décret-loi autorisant ses consulats à délivrer passeports et sauf-conduits à tous ceux qui seraient susceptibles d’en faire la demande.

Dans ce roman, qui ne se départ jamais d’une touche d’autodérision et d’un humour constituant un contrepoids au caractère tragique du récit, Louis-Philippe Dalembert imagine la vie d’un Juif ashkénaze, le docteur ruban Schwarzberg, originaire de Lodz en Pologne qui s’établit ensuite à Berlin sur les bords de la Spree. Sa famille mène une vie de citoyens intégrés, jusqu’à la catastrophe du nazisme, qui commence dès 1933 son œuvre d’exclusion et de répression féroce. L’un de ses épisodes les plus cruels est bien sûr la nuit de Cristal du 9 novembre 1938 .Il échappe aux SA grâce à l’aide d’un diplomate haïtien qui le conduit à la légation pour le mettre à l’abri.
C’est son premier contact avec Haïti. Avant qu’il ne s’établisse définitivement sur cette île, Le docteur Schwarzberg rencontre à paris Ida Faubert, haïtienne de Paris qui l’introduit dans cette communauté et lui fait découvrir le Bal Nègre, établissement bien connu des noctambules, de toutes origines raciales .En fait, Ruben Schwarzberg a déjà fait connaissance avec la culture haïtienne : avant qu’il ne débarque sur l’île, il a découvert De l’égalité des races humaines d’Anténor Firmin, La Vocation de l’élite, de Jean-Price-Mars, et Le Choc d’Ida Faubert. Ce roman est axé également sur des retours entre le passé et le présent .Ruben Schwarzberg raconte en 2010, à l’occasion du séisme survenu cette année-là, sa propre vie à sa petite-cousine Deborah venue d’Israël en tant que médecin.

Ce récit souligne l’ouverture des peuples issus de l’archipel des Caraïbes, met en exergue le rôle du vaudou dont l’auteur souligne le caractère d’une religion véritable. Roman rafraîchissant et optimiste, ce qui ne manquera pas de combler les lecteurs.

partagez cette critique
partage par email
 
coup de coeur

Avant que les ombres s’effacent

Le titre est tiré du »Cantique des cantiques » et est repris judicieusement dans le roman.
Ce roman auréolé déjà du Prix des Libraires et du Prix Orange est effectivement un beau succès pour les Edts S.Wespieser qui ont un don pour trouver de beaux textes.
Ruben, juif polonais né en 1913 va traverser avec sa famille l’ouragan qui bouscule sa vie durant toute la période hitlérienne.
De la Pologne à Haïti , où il terminera sa vie , très âgé, Ruben verra sa famille se disséminer aux E.U ,un membre en Palestine aussi ; quant à lui , après s’être installés à Berlin et avoir vécu la Nuit de Cristal, puis après avoir été déporté à Buchenwald , il part pour le nouveau monde , embarque sur le St Louis, qui ne pourra accoster et fera demi tour. Suit une période faste à Paris qui permet au jeune homme l’initiation à la vie d’un célibataire , et ce particulièrement avec un jeune oncle.
Son métier de médecin et quelques aides miraculeuses l’enverront définitivement vers Haïti, qui , dès 1939 et ce par un décret, donne le droit d’asile à tous les juifs persécutés.
Une longue période de travail et de découverte des mœurs haïtiennes, du vaudou entre autres vont faire de Ruben un vrai natif-natal.
C’est en 2014, après le terrible tremblement de terre , que le Docteur Ruben Schwarzberg raconte l’histoire de sa vie à Deborah , une jeune femme médecin de sa parentèle , venue au secours des Haïtiens dans le malheur.
L’écriture de L.P Dalembert pleine de verve et de truculence fait penser parfois à A.Mabanckou, , mais dans la première partie particulièrement des jeux de mots scabreux et des facilités de langage ne me semblaient pas utiles, à moins de se rappeler que les écrivains caribéens ont besoin parfois de faire « craquer les coutures » .
Bref, un beau roman , instructif aussi, du moins pour moi qui ignorait le défi lancé par cette petite île au III ième Reich, ainsi que l’épisode du St Louis.

partagez cette critique
partage par email
 
coup de coeur

Voyage au cœur de la mémoire

Le livre de Dalembert est un beau voyage dans l’histoire, et dans différents endroits du globe. Le personnage principal Ruben est un vieux médecin qui vit à Haïti, lui qui a toujours été discret autour de son passé se retrouve en 2010 après le séisme qui a ravagé l’île face à une de ses petites cousines Déborah.

Il accepte de tomber le masque et de lui raconter son passé, de la Pologne de Lodz, à la nuit de cristal à Berlin, du périple du Saint Louis pour Cuba que je ne connaissais pas jusqu’au Paris des années 1940. Avant son installation à Haïti où il devient un citoyen de plein droit, son mariage, son rapport à la médecine, son amour de l’île. Il ne cachera rien à la jeune femme qui comme le lecteur devient un confident.

On écoute religieusement la plume de l’auteur qui par ses descriptions, sont art de l’ellipse, l’alternance entre passé et les années 2000 nous conte un destin exceptionnel. Délivre un beau message de tolérance, d’ouverture sur l’autre, de métissage. Instructif le livre nous en apprend plus sur l’accueil des juifs en Haïti pendant la 2nde guerre, le monde haïtien de Paris avec sa poésie, sa musique, ses coutumes. L’auteur s’est d’ailleurs inspiré de vrais témoignages qu’il a compilés pour raconter certains moments de vie du personnage. A travers une langue poétique, littéraire, tantôt drôle ou triste il donne à voir ce destin exceptionnel. Avec pudeur, l’auteur nous dit aussi l’indicible, le sentiment de rejet, la peur, le sentiment d’être apatride, exilé.

Captivant comme un roman d’intrigue, un roman historique, un roman d’amour aussi avec une belle déclaration à cette île et à son peuple, l’auteur nous fait voyager et apprendre à ses côtés.

Un message plein d’humanité, à lire d’urgence et que vous ne regretterez pas.
PS: très contente d’avoir été dans le jury pour ce prix Orange 2017.
blog eirenamg.

partagez cette critique
partage par email