Juste après la vague
Sandrine Collette

Le Livre de Poche
janvier 2018
304 p.  7,90 €
 
 
 
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JUSTE APRES LA VAGUE de Sandrine COLLETTE

Pata et Madie, les parents de neuf enfants ont une décision difficile à prendre après le passage d’une terrible vague qui a tout submergé et qui continue à progresser obligeant la famille à partir. Partir oui, mais l’embarcation ne peut contenir que 8 personnes.

Qui laisser, qui emmener, pourquoi ? Quelles seront leurs chances de revenir les chercher ou de survie ?

Ma lecture

Je n’ai entendu que des éloges sur ce roman d’une auteure encore jamais lu (je rappelle que je ne suis pas fan des polars et des thrillers). Je devais le lire dans le cadre d’un comité de lecture et je dois aussi confesser que le côté « thriller psychologique » mis en avant m’a convaincu.

Dès les premières pages on est plongé, c’est le cas de le dire, dans la tragédie : choisir parmi ses enfants ceux qui ont une chance de s’en sortir, en sacrifier d’autres. Cornélien mais vital.

Le contexte est planté, reste maintenant à découvrir les personnages et l’auteure le fait parfaitement. Personnage prédominant la mère : c’est par elle que nous vivons principalement le côté parental, à travers elle. Son instinct de protection de ceux qu’elle a mis au monde, qu’elle a nourris, protégé. Impossible pour elle de se résigner à en abandonner certains. Elle nous fait partager également ses sentiments de femme : sa vie, son couple, ses maternités, son souhait de penser enfin à elle avant la vague, mais rien n’arrive comme l’aurait souhaité.

Voudrait s’endormir et jamais se réveiller. Ou s’enrouler dans un trou, un terrier, une tanière, et qu’on la laisse pour de bon, mérite pas mieux, se tapir bien au fond loin de la vie qui ne vaut rien, c’est comme dormir, échapper à l’existence, oublier. (p138)

Presque comme une bête elle se bat avec acharnement pour chacun de ses petits, même quand la douleur est insoutenable, elle continue, elle ne renoncera jamais.

Il y a également un des enfants, je ne vous dirai pas lequel afin de ne pas gâcher votre lecture, qui va prendre la direction du petit groupe resté à la maison, sur ce coin de terre qui se trouve envahit peu à peu par les eaux. Il devient un parent de substitution, doit prendre les décisions, organiser leur survie, avoir des idées pour manger, partir, vivre.

Je ne cache pas que l’on ne peut s’empêcher de trembler pour cette famille dont on suit les péripéties de part et d’autre : ceux qui sont partis, ceux qui ont été abandonnés. C’est efficace et régulièrement les éléments se déchaînent faisant accroître l’angoisse.

On ne connaît rien du lieu, les noms sont imaginaires mais les conditions climatiques m’ont fait penser à des tragédies que nous vivons régulièrement dans le monde : inondations, tempêtes, tsunami, tremblements de terre, éruption volcanique, incendies et quand la nature se déchaîne, rien ne peut l’arrête. Elle prouve sa force, elle est imprévisible, sans sentiment, elle.

Et puis il y a les longues périodes d’attente, de voyage, de calme, de faim mais aussi les rencontres, les bonnes, les mauvaises, les espoirs déçus et les solidarités inattendues.

Je ne peux rien vous dire de plus de l’histoire pour que vous gardiez tout le plaisir de l’angoisse.

Ce n’est pas un thriller/polar pour moi c’est un thriller psychologique, fort, sur le thème de la famille, de l’espoir, une aventure tragique au sein d’un clan.

L’écriture est terriblement efficace car elle rend très bien les paysages, les éléments, mais aussi les pensées de chacun, leurs angoisses, leurs relations. Rien de trop, rien de moins.

Une lecture agréable qui porte à réflexion sur ce thème du choix : que ferions-nous nous dans le même situation ?

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coup de coeur nuit blanche

Un GRAND roman

Un raz de marée, une île, deux adultes, neuf enfants, une barque pour huit et rien de plus, sinon quelques oeufs durs et des patates … Et la Mère qui murmure au Père – Qui vas-tu laisser ?, ce qui veut dire qui vas-tu laisser mourir … Et l’on choisit les plus faibles qui deviendront, au fil de l’eau, les plus forts.
Sandrine Collette nous entraîne une nouvelle fois dans un monde implacable où les sentiments se mêlent d’effroi et de cruauté, avec la lâcheté des uns et le courage des autres. Elle a l’art de jouer avec nos peurs, nos fantasmes, de nous emmener dans un univers aux limites de la folie. Une écriture précise qui nous happe de bout en bout. Les personnages, la nature et, comme à chaque fois, les animaux, qui jouent leur rôle, il y a eu les chevaux, les fourmis, ici ce sont les poules. Comment dire à quel point j’ai été submergée d’émotion à cette lecture, tendue à chaque page, frissonnante pour ces enfants perdus au milieu de nulle part et cet inutile désir en moi de vouloir leur venir en aide. Une fois le roman terminé, j’ai longtemps gardé dans mes yeux des images terribles et si fortes comme seule Sandrine Collette est capable d’en imprimer sur ma rétine. Quel talent !

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