La Chute des Princes
Robert GOOLRICK

10 X 18
août 2014
240 p.  6,60 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

De la décadence à la résilience

Ils avaient tout pour eux Rooney et ses amis, ces « BSD, Big swinging dicks », « grosses bites qui se la pètent », comme on appelait les traders dans les années 80 à New York. Chaque jour ils « achetaient le monde avant le déjeuner » et décompressaient en cultivant un art de vivre extrêmement luxueux et un vrai sens de l’amitié. Mais de New York aux Hamptons, derrière les excès, le sexe tarifé, les drogues et les litres d’alcools, chacun tentait aussi de construire sa vie. Certains y arrivèrent, d’autres pas. Le narrateur, Rooney, devenu ex BSD, déroule peu à peu le fil de cette vie jusqu’au jour où il a tout perdu : ses dépenses somptuaires, son loft aux murs rempli d’art contemporain, et cette merveilleuse épouse qui l’a quitté le soir même de son licenciement ! Certes, il lui a pardonné car « Carmela était faite pour vivre dans l’opulence », mais peu à peu il est devenu l’ombre de lui-même végétant dans un studio minable des bas-fonds de la ville. Il a bien tenté de retrouver, par procuration, les souvenirs vertigineux de cette jeunesse en allant visiter de somptueux appartements en location, ou en commandant par Internet de luxueux vêtements qu’il n’a désormais plus les moyens de s’offrir. Mais comment survivre à l’échec de sa vie quand la solitude vous accable ? Un jour il croise Hollie, étonnant et généreux travesti, qui lui lèguera le plus précieux des cadeaux : le sentiment de se savoir aimé. Et il va aussi lire Proust… Robert Goolrick nous offre une nouvelle fois un superbe récit sur la décadence et la résilience. Comme toujours chez cet auteur, dont on avait adoré « Une femme simple et honnête », l’écriture hypnotique et visuelle prend aux tripes. Et ses descriptions du New York décadent, époque Mapplethorpe et Studio 54 jusqu’aux premières heures du SIDA, sont saisissantes.

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