La salle de bal
Anna Hope

Gallimard
août 2017
 8,40 €
ebook avec DRM 7,99 €
 
 
 
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La salle de bal de Anna Hope
est le coup de coeur de la librairie Mots en marge La garenne Colombes
dans notre q u o i  l i r e ? #67

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je t’aime, un peu, beaucoup, à la folie

Francis Galton, Leonard Darwin, Ronald Fisher, Arthur Balfour, Winston Churchill… médecins, scientifiques, politiques… ils font partie de l’Angleterre de la fin du XIX° siècle et du début de XX°. Leur point commun : l’eugénisme, un concept qui voulait améliorer l’espèce humaine, sélectionner les races supérieures et éliminer tout ce qui pouvait empêcher le développement de l’Homo Sapiens, c’est-à-dire, les aliénés, les indigents, les inférieurs… bref autant de termes pour abaisser la condition humaine dans la plus humiliante des classifications. Une thèse qui sera hélas récupérée quelques décennies plus tard par le III° Reich…

C’est dans cette ambiance sombre et maléfique que se situe le dernier roman d’Anna Hope « La salle de bal », cette anxiogène atmosphère de l’asile Sharston, en référence à celui de Menston, qui a existé et où avait été interné l’arrière-arrière grand-père de l’écrivaine. Ainsi « La salle de bal » est non seulement un roman mais un émouvant récit en la mémoire de son aïeul.

Trois personnages alternent la narration : Ella, John et Charles.
Ella s’est échappée de la filature où elle travaillait et John devient patient dans cet hôpital psychiatrique après un drame familial. Mais tous ces hommes et ces femmes se retrouvent souvent enfermés sans vraiment savoir le comment du pourquoi, les accidents de vie faisant arriver dans cet enclos des êtres sans lendemain… Et ils sont nombreux à errer dans l’incertitude, le néant, à être considérés comme des animaux, voire pire…

Entre le directeur et l’ensemble du personnel encadrant, il y a ce personnage de médecin : Charles… le déroutant… Mais il est fascinant de perversité scientifique. Médecin raté, musicien rêveur, peu considéré par ses géniteurs, il est ambitieux, très ambitieux et n’espère qu’une chose : se faire remarquer pour devenir quelqu’un, et ce, en essayant d’atteindre le Graal par une rencontre avec Winston Churchill plutôt favorable aux thèses eugénistes. Il va créer un orchestre amateur au sein de l’asile et ainsi, chaque vendredi, lors d’un bal, les hommes et les femmes désignés pourront se côtoyer. Ce qui semble être un geste de bonté, d’humanité de sa part va se révéler n’être qu’une fourbe manipulation. C’est là que le roman trouve son rythme dans une danse, non pas macabre, mais terriblement funeste. Pourtant l’amour entre Ella et Charles rode, intensément…

A ce trio, s’ajoute Clem. Elle est bien différente, elle sait lire, n’a pas de problème d’argent, a de plus beaux vêtements que les autres. Elle est tombée dans cet enfer pour avoir refusé la main d’un homme… tout « simplement ». Elle a, en plus, accès aux livres, car elle sait lire et rêve d’aller un jour étudier à l’université. La lecture, encore et toujours… sauf que le « bon Dr Charles », ne voit pas cette addiction comme une thérapie, il veille pour le pire et jamais pour le meilleur… cruauté des destins…

Quel parcours livresque poignant ! Comment rester insensible à la condition de vie de ces personnages, fictifs, certes, mais en sachant que des centaines d’êtres humains ont subi le même sort entre brimades, humiliations, châtiments, sans aucune liberté et corvéable à merci. Même dans la mort, ils étaient malmenés. Pourtant, on ne cessait de leur répéter que tout était fait pour leur bien dans le meilleur des mondes… vaste hypocrisie.

L’écriture d’Anna Hope est flamboyante, tant par la justesse du déroulement de l’action que par la poésie qui apporte une lumière au fil des pages ténébreuses défilant sous nos yeux. Le tout avec un leitmotiv qui ne peut que séduire le lecteur : la présence de Dame Nature. La nature sous toutes ses formes, sous toutes ses saisons, sous toutes ses déclinaisons. Et dans toute sa générosité. Loin des âmes noires des scientifiques qui voudraient tout régenter à leur façon et qui, parfois, sont les seuls à perdre la raison…

Dans ce tableau d’une noirceur déconcertante, les effluves bucoliques nous entraînent vers un dénouement surprenant et surtout sublime. Sublime par sa délicatesse, sublime par l’espoir qu’elle engendre. Mais après tout, l’auteur se nomme « Hope ».

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La salle de bal

Dans le Yorkshire , au début du XX . A Sharston, se trouve un immense asile d ‘aliénés, hommes et femmes, séparés, sauf le vendredi, jour du bal donné pour ces malheureux et où chacun est tenu de participer. Cette salle est splendide , c’est un anachronisme dans ces vieux bâtiments sombres et grillagés.
Evidemment les personnages sont multiples, mais quatre d’entre eux en particulier font la trame de ce magnifique roman.
Une jeune femme , Ella , 26 ans, arrivée là, parce qu’un jour elle a cassé la fenêtre obturée de l’atelier de filature dans lequel elle travaillait depuis l’âge de 8 ans:elle voulait voir le ciel !
John , un homme qui a beaucoup souffert et qui a trouvé là un travail à sa mesure. Comme l’asile vit en autarcie , le potager a besoin de bras , il faut creuser des tombes aussi , et ce pour 6 corps à la fois.
Clem, une jeune fille de bonne famille, cultivée, qui est là de ne pas avoir voulu se marier avec l’homme choisi par son père.
Et Charles Fuller, pas tout à fait médecin , mais qui en fait office à Sharston.
Ella et John se plaisent , échangent quelques lettres (lues et écrites par Clem pour Ella ) , mais c’est sans compter sur Fuller, être ambitieux et frustré. Ce qu’il croit découvrir chez ces deux là le perturbe, et lui vient l’idée de tester sur John ses théories .
L’eugénisme l’enthousiasme, ce mouvement prend de l’importance et est cautionné par Churchill . Quel endroit plus propice qu’un asile pour ce genre d’expérimentation ?
Il faut ajouter quand même qu’il est parfois possible pour ces supposés esprits faibles de quitter l’asile . Ce que pourrait faire Clem , pour qui Fuller représente peut-être une option d’avenir.
Une peur diffuse survole la lecture de ce roman, on imagine assez vite ce qui risque d’arriver , la compassion pour ces gens simplement malheureux est totale , et heureusement A.Hope libère le lecteur de son emprise à la fin. Soupir de soulagement !

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