La sirène qui fume
Benjamin Dierstein

Points
mars 2019
616 p.  8,80 €
 
 
 

je joue !

jusqu'au 22 septembre 2019

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 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

« La Sirène qui fume » de Benjamin Dierstein

Carrément bluffant !

Benjamin Dierstein, « agent de musiciens et directeur d’un label spécialisé dans les musiques électroniques – titulaire de plus d’un Master recherche en études cinématographiques » nous a offert son premier polar et quel polar : « La Sirène qui fume », pour lequel il a été (de justesse) Lauréat du Prix découverte polar Sang-froid.

Un livre préfacé par Caryl Férey lui-même, une belle préface de trois pages, un éloge éloquent et qui écrit : « Du DOA sous amphets, précis, nerveux, sans fioritures. » Il le juge également comme : « Un putain de bon roman, comme dirait Bukowski. » (excusez-moi du peu).
Et le récit donne l’impression d’avoir été écrit par un policier ou alors par un auteur qui se serait immergé dans le milieu de la flicaille. L’un des écrivains préférés de Benjamin Dierstein est le Big James Ellroy » et cela se ressent.

Il s’agit d’une affaire très originale dans ce pavé d’un peu plus de six cents pages où le rythme est trépidant, aucun moment de répit, jamais – le texte est truffé de jargon policier ou mafieux – de détails sur des enquêtes qui semblent plus vrais que nature : des policiers qui carburent aux anxiolytiques pour supporter les horreurs des crimes découverts qui leur donnent des cauchemars et qui ont des conséquences néfastes sur leur vie familiale.

Les deux personnages principaux ?
* Le capitaine Gabriel Prigent arrive à la brigade criminelle de Paris en mars 2011, muté de Rennes pour intégrer le fameux « 36 Quai des Orfèvres » en pleine campagne présidentielle. Il souffre moralement sans cesse : « Depuis cinq ans je me bouffe des crises d’angoisse en permanence, depuis ce soir du 13 juillet 2006 où ma vie a basculé (…) alors j’ai toujours plusieurs plaquettes de médocs sur moi au cas où, Valium, Tranxène, Xanax, et Tercian pour les crises aiguës.

* Le lieutenant Christian Kertesz, de la brigade de répression du proxénétisme, compromis avec la mafia corse.

Tous deux sont tourmentés par leur passé – à l’opposé l’un de l’autre (par leurs profils et leurs méthodes) et s’affrontent autour d’une affaire d’assassinats de prostituées mineures, des trop jeunes «tapineuses.»

Le mot est lâché : prostitution. En effet, il s’agit de meurtres horribles avec un indice : un tatouage d’une sirène qui fume mais également une affaire de trafiquants de drogue. Les flics des Stups en laissent certains en liberté car ce sont leurs fameux « tontons » qui les renseignent donnant-donnant : « Je te file un renseignement et tu me blanchis dans telle histoire. »

Les chapitres alternent de la façon suivante : quand Prigent parle, le « je » est utilisé – quand il s’agit de Kertesz, c’est le « vous ». Ainsi ils sont bien différenciés.
Si en apparence, ils semblent entièrement opposés, la suite de la lecture en dira plus…

Dans cette sombre histoire, toute cette noirceur, chacun utilise sa propre tactique au grand dam de la hiérarchie : ça passe ou ça casse et ça casse pas mal. Il faut frapper fort – on n’hésite pas – on cogne – on fracture des portes – on met des appartements sens dessus dessous – on fait fi des menaces d’exclusion de ces dossiers brûlants car il y a urgence.

Angoisse, horreur, obsessions, hallucinations, divagations … l’auteur ne nous épargne rien. le lecteur est comme mis dans un « sous marin » car il suit tous les rebondissements de folie bien tranquillement mais il se sent investi en voyant cette descente aux enfers à l’intérieur de ces milieux pourris aussi bien d’un côté que de l’autre : personnalités (soit-disant) respectables et flics (soit-disant) honnêtes.

Dans ce polar, on croit voir défiler un film d’autant plus que les dialogues s’y prêtent bien (sans parler de l’action).

C’est cru, c’est violent, ça prend aux tripes mais je répète les mots de Caryl Férey : « c’est un putain de bon roman… » et j’approuve.

Amateurs de sensations fortes et même très fortes, qui ne craignez pas le rythme effréné (il faut bien suivre du début à la fin), ce livre est pour vous.

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