Le Blues de la harpie
Joe Meno

traduit de l'anglais par Morgane Saysana
Le Livre de Poche
janvier 2017
288 p.  7,40 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Pardonnez-nous nos offenses

Dans ce livre de Joe Meno au titre génial (bravo à la traductrice !) publié en 2001 aux Etats-Unis, il n’est pas question d’une femme acariâtre dépressive, mais d’un jeune taulard qui rentre chez lui, dans sa bonne vieille ville de La Harpie. On est happé par la narration à la fois réaliste et poétique qui ne se perd pas en bavardages, et par de très beaux personnages en quête de rédemption. Coup de cœur absolu !

Une seconde chance

Après le piètre braquage d’un soir, Luce Lemay prend la fuite en voiture, percutant accidentellement le landau d’une mère de famille sur une route de l’Illinois. Il écope de trois ans de prison pour homicide involontaire ; trois ans pour payer sa dette à la société, et toute une vie marquée par la mort d’un bébé. Par l’entremise de Junior, un codétenu lui aussi en fin de peine, Luce Lemay trouve à sa sortie du pénitencier un boulot dans une station-service de La Harpie, sa ville natale. Quand il descend du car avec quelques dollars en poche et un grand sac en papier contenant toutes ses affaires, Luce est bien décidé à rentrer dans le rang, même s’il doit commencer par habiter dans un hôtel lugubre tenu par une vieille folle qui se prend pour la fossoyeuse de la faune errante. Mais nombreux sont les habitants de La Harpie à voir son retour d’un mauvais œil, d’autant que le jeune homme s’éprend d’une de leurs filles.

Impossible rédemption

A l’instar de « La Lettre écarlate » d’Hawthorne, la communauté intolérante refuse son pardon à celui qui a péché. La petite ville rurale typique du Midwest est tout entière contenue dans ce roman, avec ses mauvais gars qui cherchent la bagarre au volant de leur bagnole, les pères alcooliques qui cognent leurs fils, et les filles désœuvrées trop maquillées. Mais c’est de cette violence sourde et butée de l’Amérique des laissés-pour-compte que jaillit la poésie, comme un cri désespéré, celui de brutes au grand cœur et d’écorchés vifs qui ont la naïveté de croire que la vie est un oisillon tombé du nid dont il faut prendre soin. Avec des dialogues qui sonnent juste, sans moralisme ni caricature, Joe Meno se montre digne de Mark Twain ou de Flannery O’Connor, qui nous rappelait déjà que « Les braves gens ne courent pas les rues ».

 

 

partagez cette critique
partage par email

q u o i  l i r e ? découvrez les coups de coeur des libraires cette semaine  #97


Retour à la page d'accueil