Le Tour du monde en 72 jours
Nellie Bly

traduit de l'anglais par Hélène Cohen
Points
avril 2016
216 p.  6,70 €
ebook avec DRM 11,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Phileas Fogg en jupons

Son reportage sur l’asile de femmes de New York avait fait grand bruit en 1887. Deux ans plus tard, la journaliste américaine Nellie Bly refait parler d’elle en relevant un défi d’envergure : entreprendre un tour du monde et battre le record fictif de Phileas Fogg, le héros de Jules Verne, qui avait réalisé cette prouesse en quatre-vingts jours.

« Vous n’y arriverez jamais ! Vous êtes une femme, vous aurez besoin d’un protecteur, […] et il vous faudrait emporter tant de bagages que cela vous ralentirait » : voilà les arguments misogynes opposés à la jeune journaliste lorsqu’elle soumet son idée au directeur du « New York World ». Heureusement, Nellie Bly n’est pas du genre à se laisser démonter ; tenace, elle finit par obtenir des fonds, se fait faire une unique robe et un manteau de voyage, et s’élance sur les traces du gentleman anglais le 14 novembre 1889, munie d’un seul bagage à main. En bateau, en train, Nellie Bly va parcourir 34 900 kilomètres, selon un itinéraire inspiré par Jules Verne, qu’elle rencontre à Amiens, très impressionnée, avant de filer vers l’Italie, direction l’Asie. Pestant contre l’inconfort des trains européens, victime du mal de mer et gardant un œil sur le calendrier, elle ne se départ jamais de son humour, et ouvre une fenêtre sur les cultures étrangères en promenant sa curiosité chez les autochtones. Elle admire la beauté des Egyptiennes presque nues, se régale d’un curry indien, s’offre un petit singe à Hong Kong, et manifeste son coup de foudre pour le Japon. Mais elle témoigne aussi de la pauvreté du Moyen-Orient, et rappelle les dizaines de milliers de morts causées par la construction du canal de Suez. Son carnet de route est un document exceptionnel sur les conséquences de la révolution industrielle et l’expansion des empires coloniaux. Pendant ce temps, le « New York World » ouvre des paris sur l’arrivée de sa correspondante, devenue la coqueluche de ses compatriotes… En effet, son retour aux Etats-Unis est triomphal, elle est acclamée dans toutes les gares avant son arrivée à Jersey City le 25 janvier 1890.

Intrépide et féministe, Nellie Bly a gagné son pari, ayant rendu possible l’impossible. Il était temps qu’elle soit enfin reconnue aux côtés des grands noms de la littérature journalistique.

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