Les Apparences
Gillian Flynn

Traduit par Héloïse Esquié
Le Livre de Poche
octobre 2013
696 p.  8,70 €
ebook avec DRM 16,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Noirceur absolue

Dès sa sortie aux Etats-Unis, au début de l’été 2012, le troisième roman de Gillian Flynn avait placé la barre très haut, comme disent les athlètes. Applaudi par une presse unanime, crédité de la note maximale par les ténors de la critique, il s’était installé très vite en tête des ventes devant les habituels best-sellers de l’été. Alerté par le bouche-à-oreille, les grands studios de cinéma se sont précipités pour acquérir les droits. En attendant la sortie sur les écrans, le 14 octobre prochain, de l’adaptation signée David Fincher, avec Ben Affleck dans le rôle principal, il est toujours temps de découvrir cette mécanique captivante, quasi hypnotique, qui taille en pièce les faux-semblants du mariage, voire de la vie à deux.

Un jeune couple new yorkais victime de la crise économique est contraint de repartir à zéro dans la ville du Missouri où lui a grandi. Après s’être crus promis à la réussite et à l’harmonie absolues, Amy et Nick ravalent toutes leurs ambitions. Un jour où il revient du bar qu’il a ouvert avec sa soeur jumelle, il découvre des traces de lutte dans la maison : sa femme a disparu, sans doute enlevée. Suspecté, il mène sa propre enquête et va de surprise en surprise, découvrant petit à petit tout ce que sa belle lui a caché.

Pour qu’un thriller ou un polar soit réussi, il faut d’abord un personnage de méchant qui sorte du lot. Ici, la construction du roman fait que Nick en prend autant pour son grade qu’Amy. Le couple idéal se révèle vite infernal, avec une prime spéciale à l’épouse… Pour habiller leur affrontement à mort, Gillian Flynn use à contre-emploi de la badinerie chère à la « chick lit » et à certains magazines féminins. Le résultat est punchy et dépouillé, pertinent et décalé, méchamment drôle et cynique, truffé de formules qui tuent. 

Rien ne se passe jamais comme on l’attend. Le début du roman, qui dévoile le naufrage progressif du couple Amy-Nick, est déjà ébouriffant. Le milieu se révèle carrément renversant. La fin est la seule qu’on n’aurait pas osé imaginer, d’une noirceur absolue. Bref, « Les Apparences » dérange autant qu’il fascine car, en passant alternativement du regard de Nick à celui d’Amy, le lecteur croit sans cesse tenir la bonne version de leur histoire. Jusqu’à la page 696…

Les autres poches de l’été

partagez cette critique
partage par email
 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

Amy et Nick donnent l’apparence d’être un couple heureux. Ils ont quitté New York suite à la crise financière et la perte de leur travail. Nick était journaliste, Amy écrivait des questionnaires psychologiques pour des magazines. Ils se sont installés dans le Missouri natal de Nick suite à la maladie de sa maman. Nick a acheté un bar avec sa soeur Margo et ils sont restés.

C’est le jour de leur cinquième anniversaire de mariage et Amy a disparu.

On va suivre un récit à deux voix. Nick raconte les jours précédents et suivants de la disparition d’Amy. Amy quand à elle se livre dans un journal intime depuis leur rencontre.

Une enquête est menée. Le narrateur devient très vite suspect mais les apparences sont parfois trompeuses…. Qui sont-ils vraiment ? l’un et l’autre ?

C’est avec brio que l’on découvre les personnalités de chacun. On va tour à tour les aimer, puis les détester. Qui dit la vérité ? Qui ment ? On tourne les 693 pages avec délectation et curiosité.

C’est un tour de force ce thriller psychologique. Il décortique le fonctionnement du couple mais aussi de la société américaine, sa morale, la justice et le rôle des médias.

Le scénario est machiavélique. L’écriture est incisive, coupante, cynique. On se régale. Par de courts chapitres, une narration fluide, captivante. J’ai dévoré ce roman au scénario exceptionnel qui m’a fait passer par tous les états durant la lecture.

Ma note : un presque coup de coeur. 9.5/10

Merci à Julie et Les petites lectures de Scarlett de ce choix pour notre lecture commune mensuelle, son avis se trouve ici

Les jolies phrases

Faire semblant d’être calme, c’est être calme, en un sens.

Le sommeil, c’est comme un chat, il ne vient vous voir que si vous l’ignorez.

Les gens aiment bien s’imaginer qu’ils connaissent les autres : les parents veulent croire qu’ils connaissent leurs enfants. Les femmes veulent croire qu’elles connaissent leurs maris.

Je n’ai même pas l’impression d’être quelqu’un : je suis quelque chose qu’on peut charger et décharger, comme un canapé ou une horloge qu’on peut jeter à la casse, jeter dans la rivière, si nécessaire. Je ne sens plus ma propre réalité. J’ai l’impression que je pourrais disparaître.

C’était comme si j’avais la responsabilité de son bonheur.

J’avais commencé par un mensonge – la litière du chat – mais ma tirade s’était transformée en un surprenant éclat de vérité pure, et j’ai compris pourquoi les criminels parlent trop : c’est parce que ça fait tellement de bien de raconter son histoire à un inconnu, quelqu’un qui ne va pas vous mettre le nez dans vos contradictions, quelqu’un qui est forcé d’écouter votre version.

Les gens jugent tout ce que vous faites sans même vous connaître. Comme le coup de la photo prise avec un portable dans le parc. Franchement, vous êtes sans doute comme moi : on vous a enseigné la politesse. Mais personne ne s’intéresse à la vérité. Tout ce qu’ils veulent, c’est … vous choper. Vous comprenez ?

Plus gros est le mensonge, plus tout le monde le gobe.

Retrouvez Nathalie sur son blog 

partagez cette critique
partage par email
 
nuit blanche

Prenant et effrayant à la fois!

Amy et Nick sont un couple modèle aux yeux de tous, mais aussi l’un pour l’autre : ils ont bien compris le principe des concessions dans un couple et s’efforcent d’être le plus agréable possible pour plaire à leur moitié. Ils mènent une vie agréable à Manhattan mais la crise fait perdre à chacun son emploi et ils déménagent dans le Missouri natal de Nick.
Le jour de leur 5ème anniversaire de mariage, Amy disparait, la porte de la maison est grande ouverte et des meubles sont renversés. Débute alors une enquête qui va rapidement désigner Nick comme le principal suspect…et il est vrai que la découverte de certains éléments ne va pas jouer en sa faveur, loin de là.
Ce livre est un véritable coup de coeur! Si vous aimez vous creuser les méninges pour tenter de déjouer les plans des personnages, vous ne serez pas déçus! A chaque chapitre on découvre des coups tordus et les différents travers des personnages, si bien qu’on ne sait trop dans quel camp se placer, tant les deux personnages principaux sont attachants mais malgré tout plutôt « barrés » voire malsains! Le suspense est maintenu jusqu’au bout, à aucun moment on ne s’ennuie.
Je pense vraiment que ce livre vaut le détour, il est génial dans le sens le plus pur du terme, l’auteur n’a négligé aucun détail et a certainement dû se documenter un maximum avant d’écrire !Pour ma part c’est le 2ème meilleur livre que j’aie lu (le meilleur à mes yeux étant Le Parfum de Süskind, mes lectures sont plutôt éclectiques).Je recommande fortement, même si les « petits » lecteurs (je parle en terme de grosseur des livres) seront peut-être rebutés par ses 690 pages, c’est tellement prenant que ça passe comme une lettre à La Poste ;)Ce roman fait l’objet d’une adaptation au cinéma avec Ben Affleck, j’ai hâte de voir le résultat! (Le titre sera vraisemblablement le titre original, à savoir Gone Girl).

partagez cette critique
partage par email