L'origine de nos amours
Erik Orsenna

Le Livre de Poche
mars 2016
256 p.  7,10 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Il était plusieurs fois

Nous sommes en 1975, Gérard Manset chante « Il voyage en solitaire » et deux éclopés de la conjugalité vont tenter pendant tout un été de s’épauler : père et fils divorcent et la même semaine en plus ! Existe-t-il une malédiction familiale à rater ses amours ? Dans un récit pudique et tendre, l’auteur de « L’exposition coloniale » dresse le portrait d’une famille inhabituelle, entre Bretagne et Cuba. Une famille amoureuse des mots, des histoires, des mensonges et incapable de vivre un amour unique. L’ancêtre, tailleur, ne passait- il pas son temps au café à admirer les habitantes de Trinidad ? Le père, dont la ressemblance avec Clark Gable est frappante, fou d ‘aviron et de cyclisme, lui, cherche à deviner l’âme de toutes celles qu ‘ils dévisagent. Et le fils, rescapé d’un fiasco conjugal, se refait une santé à Bréhat avant d’entamer une autre aventure amoureuse désastreuse. Rocambolesque à souhait, ce récit est surtout le prétexte pour chanter la beauté des femmes, la puissance des liens familiaux et surtout la magie de la littérature. Le narrateur qui vibre aux « Il était une fois » tout autour de lui le découvre assez jeune : « écrire et tricoter c’est pareil ».  Il s’agit de marier des mots comme autant de fils, de tisser une étoffe qui tienne chaud au cœur comme à l’âme. Toute sa vie, l’écrivain de la famille va s’efforcer de donner vie aux histoires entendue en Bretagne, en Afrique, sur cette île imaginaire aux mille tentations qu’est restée Cuba dans les songes de sa famille. On pense évidemment à Félicien Marceau pour l’allégresse du récit, le ton badin et délicieux mais aussi à Garcia Marquez dans ses fables sensuelles. Même la mort n’interrompt pas ce dialogue fécond, cette réflexion sur le sens de la vie, la beauté de la musique et le jardinage à Versailles. Et si aucun gène des amours impossibles n’a été détecté à ce jour, Erik Orsenna peut continuer, et nous avec, à croire à son génial « chromosome » du narratif.

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coup de coeur

L’origine de nos amours… et de notre malédiction!

Le père et le fils se retrouvent dans leur refuge de l’île de Bréhat pour soigner une «maladie» commune : ils ont divorcé en même temps de leurs épouses respectives, en 1975. L’occasion d’un dialogue père-fils sur l’origine de leurs amours et… de leur malédiction. Grâce aux digressions qui sont la marque de fabrique d’Erik Orsenna et dont l’érudition et la curiosité régalent ses lecteurs de livre en livre, cette conversation va être l’occasion d’en apprendre davantage sur les ingénieurs qui ont fait la gloire de la France, sur le rôle des amants dans les jouets, sur le vocabulaire de la voile. Sans oublier la méthode de la pêche à pied qui prouve, une fois encore, que le père d’Erik est bien un héros. Cette méthode soigne les bleus à l’âme et consiste à ramasser dans un petit panier tous les petits trésors que l’on peut amasser au fil des jours. Quand au bout d’une semaine ou d’un mois, on renverse son panier, on comprend que «les collections de bonheurs minuscules permettent de traverser les passes difficiles». «C’est ainsi que me revint, d’abord timide puis déployée, la joie de vivre, ce très étrange sourire intérieur.» Un moteur indispensable à l’écrivain, déjà nourri «de mots, de scènes, d’intrigues et de rebondissements» par toute sa famille. On comprend certes que «dans cet univers mouvant où toutes les vérités sont possibles et se contredisent» il soit bien difficile de bâtir un amour stable, mais avec un égoïsme non dissimulé, on se réjouit de ces drames familiaux à répétition. Car ils nous offrent ces plaisirs de lecture presque jubilatoires lorsque l’auteur nous entraîne sur les pas d’une famille presque normale : «Double origine : le Bordelais et la Haute-Loire. Rien de particulier. Les mariages durent. Les naissances et les morts s’enchaînent. Rien à signaler. (…) Tout se gâte quand l’un de nos ancêtres de la branche bordelaise, tailleur de son état, décide de partir pour Cuba.» Voici donc Augustìn Arnoult sur la petite île des Caraïbes au début du XIXe siècle. À la terrasse du café situé sur la place principale, il ne sait plus où donner de la tête – à tel point qu’il sera obligé de consulter pour des problèmes vertébraux – s’il veut détailler tous ces corps somptueux qui s’offrent à lui. Il est pourtant jeune marié et ne peut imaginer dans cette occupation qu’une déformation professionnelle, une sorte de prospection de nouveaux clients. C’est du moins ce que le père tente, dans un premier temps, d’expliquer à son fils. Mais l’écrivain (et le lecteur !) veulent en savoir plus sur cette généalogie qui a conduit via le grand père cubain né en 1860 à cette malédiction du mariage instable. Habilement, Erik Orsenna nous fait patienter avant de nous en dire plus. Car son père disparaît. C’est la recette qu’il trouve pour conjurer le sort. Dans son appartement, Eric (on notera que tout au long du récit, ce sont les vrais noms et prénoms qui sont utilisés) trouvera, outre le dossier généalogique, des dossiers soigneusement annotés et malheureusement peu fournis aux noms de chacune de ses compagnes successives. Catherine, la mère de ses enfants, puis Isabelle dont il fait des vœux pour cette fois, « ce soit la bonne». On l’aura compris, il ne s’agit pas ici d’un guide matrimonial, bien bien plutôt d’un bel hommage d’un fils à son père, ce héros qui aura tout tenté pour faire le bonheur de sa progéniture. Voilà donc l’origine de l’amour filial. Et c’est tellement bien que ‘on se réjouit du livre qui sera consacré à sa mère et qui est quasiment annoncé dans les dernières pages.
Retrouvez Henri Charles Dahlemh sur son blog

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